Leiba BEKIER convoi 5 par sa fille Masia (Marie) Bekier-Kohen

Mon père est né le 10 janvier 1900 à Sopockin, banlieue de Grodno en Pologne. Il est issu d’une fratrie de huit enfants, dont un frère émigré à New-York. Le reste de la fratrie a disparu dans les ghettos et les camps avec femmes, maris et enfants. Les parents sont décédés juste avant la guerre. Ils étaient religieux.

Mon père et ma mère Sarah Najman se sont connus à Bialystock en Pologne et mariés en 1924. Je suis née en 1926.

Mon père a fui la Pologne le premier en 1929 et a été hébergé à Paris chez une nièce Sarah Psankiewicz-Lenczner (morte en déportation avec ses quatre enfants et son mari). Nous sommes venus le rejoindre en 1930 , ma mère, mon frère Abraham (né en 1928) et moi-même.

Mon père avait loué un logement de deux pièces au 71 rue des amandiers à Paris 20ème et nous nous y sommes installés. Il était façonnier de vêtements de cuir et travaillait dans ce logement. Nous avions rejoint la famille de ma mère avec laquelle nous étions très unis. Nous étions heureux jusqu’à la déclaration de guerre. Mon père avait beaucoup d’humour et tournait tout en dérision. Il aimait le cinéma et nous y allions en famille, une fois par semaine.

Nous avons ensuite emménagé au 45 rue Meslay Paris 3ème, dans un appartement beaucoup plus grand et mon père est devenu fabricant-commerçant.

Quand la guerre a été déclarée. Il s’est engagé pour défendre sa nouvelle patrie. Je l’ai accompagné à la caserne de Reuilly à Paris. Après l’armistice, en juin 1940, il a été démobilisé.

Pendant l’exode, je suis partie avec ma mère et mon frère à Danzé, près de Vendôme, pendant trois mois où nous avons travaillé dans une ferme. De retour, en septembre 1940, mes parents ont continué à fabriquer des vêtements en cuir.

Le 13 mai 1941, mon père a reçu la convocation du « billet vert » pour le lendemain. Ma mère l’a supplié de ne pas se rendre à la caserne rue du Béarn à Paris 3°, mais il pensait que ça n’était qu’un contrôle d’identité. Il a été envoyé au camp de Beaune la Rolande. Nous sommes allés le voir plusieurs fois dans le camp et avons pu nous promener avec lui dans le village. Ma mère essayait de le persuader de s’évader avec nous, mais il pensait que nous serions tous en danger s’il ne se représentait pas.

Il est parti par le convoi 5 le 27 juin 1942 et nous n’avons plus jamais eu de nouvelles.

Peu de temps après, ma mère, mon frère et moi-même avons été arrêtés, envoyés à Drancy le 22 juillet 1942. Nous y sommes restés quelques semaines et, grâce à notre patron, nous avons obtenu un «  ausweis » pour sortir de cette antichambre de la mort. Nous avons vécu cachés tous les trois jusqu’à la libération dans des conditions précaires. Notre appartement avait été réquisitionné pour une autre famille et nous avons dû intenter un procès pour le récupérer.

Je suis allée à l’hôtel Lutetia plusieurs fois pour rencontrer les malheureux rescapés, si peu nombreux, pour leur demander s’ils avaient rencontré mon père à Auschwitz. Je n’ai jamais obtenu de réponse.

Il a fallu recommencer à vivre, à travailler, à fonder une famille et ce père disparu si jeune me manque encore.

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