Biographie d'Adélaïde Hautval, Juste parmi les Nations. Source Wikipedia et Lueurs d'humanité
Sources Wikipedia
Adélaïde Hautval, surnommée Haïdi, née Marthe Adélaïde Haas le 1er janvier 1906 au Hohwald (Bas-Rhin) et morte le 12 octobre 1988 à Groslay (Val-d'Oise), est une psychiatre française, rescapée des camps de concentration nazis et reconnue Juste parmi les Nations.
Adélaïde est la fille du pasteur de l’Église réformée d'Alsace-Lorraine Philippe Haas-Hautval. Pro-français, le pasteur Haas a décidé en 1920 d'accoler le nom français Hautval à son patronyme. Elle est la septième et plus jeune enfant de la famille. Elle fait du scoutisme chez les éclaireuses unionistes de Guebwiller au sein de la Fédération française des Eclaireuses. Elle est autorisée à porter le nom de Hautval par jugement du 27 décembre 1951.
Adélaïde Hautval fait ses études de médecine à Strasbourg, puis travaille dans des hôpitaux et des instituts neuro-psychiatriques.
Son arrestation a lieu en avril 1942, alors qu'elle traversait la ligne de démarcation à Vierzon pour des raisons personnelles. À la prison de Bourges où elle est internée, elle prend la défense en allemand d'une famille juive maltraitée par un soldat allemand. Les Allemands lui disent alors « puisque vous défendez les juifs, vous partagerez leur sort ». Elle est emprisonnée à Bourges puis internée à Pithiviers, les Allemands lui font porter sur la poitrine une étoile jaune avec une banderole « amie des Juifs. » Elle est ensuite transférée à Beaune-la-Rolande, puis à la prison d'Orléans en novembre 1942, enfin à la prison de Romainville le 17 novembre de la même année. Elle est déportée à Auschwitz par le convoi du 24 janvier 1943, dit convoi des « 31000 » où elle a le matricule 31802.
Sa qualité de médecin est reconnue au bout de quelques jours et elle devient médecin dans un des revier de Birkenau. Les conditions médicales sont plus que déplorables. Elle est d'abord affectée au block 22, où elle s'occupe de détenues allemandes, puis est envoyée en avril 1943 au block 10 du camp principal. Le médecin-chef y pratique des « expériences », notamment des stérilisations de femmes en brûlant leurs organes avec des produits caustiques. Adélaïde Hautval refuse d'y participer et est chargée des soins post-opératoires. Lorsqu'un nouveau médecin-chef est affecté à ce service, il ordonne à Adélaïde Hautval de l'assister, ce qu'elle refuse et elle est renvoyée, en août 1943 parmi les autres détenues du camp. Elle y est relativement isolée : en quelques mois la population du camp s'est renouvelée et les détenues qu'elle avait rencontrées en prison ou lors de son transfert sont mortes ou ont été transférées dans un autre block. Le 16 août 1943, elle apprend par Orli Reichert-Wald chargée de l'administration du revier qu'elle serait exécutée le lendemain si elle n'acceptait pas de participer aux opérations, ce qui ne la fait pas changer d'avis. Orli lui administre alors un somnifère, fait peut-être passer un autre cadavre pour le sien en prétendant qu'elle est déjà morte et lui sauve ainsi la vie.
Adélaïde Hautval est par la suite de nouveau affectée comme médecin au camp. En tant que psychiatre, elle est amenée à examiner des femmes devenues folles avec comme ordre de les déclarer « inaptes au travail », ce qui les conduira directement à la chambre à gaz. Elle ne comprend pas pourquoi on lui demande ici des justifications médicales pour pouvoir assassiner. Volontaire pour « voir » et « dire après », elle assiste à plusieurs séries d'expériences des médecins nazis, notamment celles du Docteur Carl Clauberg spécialisé dans la stérilisation et la castration, tout en soulageant ses camarades et en les faisant échapper à la mort. Elle souffre du typhus de novembre 1943 jusqu'en février-mars de l'année suivante.
Elle est transférée à Ravensbrück le 2 août 1944 où on l'envoie comme médecin au camp de concentration de Watenstedt (une usine de munitions), puis l'administration s'apercevant qu'elle était classée Nuit et brouillard, elle ne peut plus travailler à l'extérieur de Ravensbrück où elle est ramenée. Elle est alors de nouveau médecin au Revier. Elle voit la libération du camp en avril 1945 mais y reste avec Marie-Claude Vaillant-Couturier afin de s'occuper des malades qui ne peuvent être immédiatement transportés. Elle quitte le camp pour la France avec les derniers malades français le 25 juin 1945.
N'appartenant à aucun réseau ou organisation de résistance, Adélaïde Hautval n'obtient qu'avec difficulté une carte de déportée résistante. Elle est décorée de l'Ordre national de la Légion d'honneur en décembre 1945 pour son dévouement envers les autres déportés dans les camps3.
En 1946, Adélaïde Hautval écrit Médecine et crimes contre l'humanité, qui sera édité en 1991.
En mai 1964, elle témoigne au procès Leon Uris contre Vladislav Dering.
Le 18 mai 1965, Adélaïde Hautval reçoit la médaille des Justes parmi les Nations.
Se découvrant des signes de la maladie de Parkinson, elle met fin à ses jours le 12 octobre 1988.
Source Lueurs d’humanité
Le docteur Adélaïde Hautval vivait dans une région du sud de la France contrôlée par Vichy, où elle exerçait le métier de psychiatre. En avril 1942, elle apprend le décès de sa mère qui résidait à Paris, alors sous occupation allemande. Souhaitant assister aux funérailles de sa mère, Hautval demande aux autorités allemandes l’autorisation d'entrer en zone occupée. Suite à leur refus, Hautval décide de prendre le risque de traverser la ligne de démarcation. Sa tentative échoue et elle est arrêtée par la police allemande et transférée dans une prison de Bourges. En juin 1942, des prisonniers juifs portant l’étoile jaune commencent à affluer dans la prison. Hautval proteste vigoureusement contre la façon dont ils sont traités, en disant aux gardiens : « Les Juifs sont des gens comme les autres. » En réponse à cela, il est décidé qu’elle partagera désormais leur sort. Refusant de se laisser décourager, Hautval épingle sur ses vêtements un morceau de papier jaune portant la mention « amie des Juifs ».
En janvier 1943, après avoir été en détention dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande et en prison à Romainville, Orléans et Compiègne, elle est envoyée dans le camp d’extermination de Birkenau avec deux cents prisonnières juives françaises. Hautval, qui est une protestante fervente, est placée dans un bâtiment abritant cinq cent prisonnières juives et reçoit le surnom de « la sainte ». Elle met en pratique ses connaissances médicales en soignant les prisonnières juives qui ont contracté le typhus, les isolant dans une partie distincte du block, afin d’éviter la contagion. Employée comme médecin par le commandant du camp, Hautval s’abstient de rendre compte de l’état de santé des prisonnières, leur évitant ainsi une mort immédiate. Elle soigne les patients juifs avec un dévouement sans bornes ; la douceur de ses mains et la chaleur de ses paroles ont pour les Juifs une valeur inestimable dans l’enfer d’Auschwitz. « Ici, disait-t-elle, nous avons tous été condamnés à mort. Comportons-nous en êtres humains aussi longtemps que nous serons en vie. » Ses paroles restèrent gravées dans la mémoire des prisonnières.
Adélaïde Hautval est finalement transférée au block 10 du camp d’Auschwitz I, où l’on procédait à des expériences médicales. Le docteur Eduard Wirths l’implique dans l’identification des premières manifestations du cancer chez les femmes. Elle découvre rapidement que le projet s’appuie sur des expériences inhumaines pratiquées sans anesthésie sur des détenues juives. Elle déclare au docteur Wirths qu’elle ne participera pas à ses expérimentations et ajoute que nul n’a le droit d’ôter la vie d’un autre ou de décider de son sort. Forcée d'assister à la stérilisation chirurgicale d’une jeune femme originaire de Grèce, elle indique au docteur Wirths qu’elle n’assistera jamais plus à une procédure de ce type. Lorsque Wirths demande à Hautval : « Ne voyez-vous pas que ces gens sont différents de vous ? », elle lui répond : « Bien des gens sont différents de moi dans ce camp. Vous, par exemple. » Refusant de prendre part aux expérimentations de Mengele sur les jumeaux, elle est renvoyée à Birkenau. Envoyée par la suite à Ravensbrück, elle réussit à survivre jusqu’à la libération. De retour en France, sa santé est définitivement altérée par les années de détention.
En 1962, elle fait partie des principaux témoins auxquels fait appel l’écrivain juif américain Leon Uris à Londres. Dans son célèbre ouvrage intitulé Exodus, Uris décrit la cruauté des expériences pratiquées à Auschwitz, sur les détenus, par le médecin polonais Wladislas Dering. Ce dernier, qui a déménagé à Londres après la guerre, poursuit Uris en justice pour diffamation. A la demande d’Uris, Adélaïde Hautval se rend à Londres pour témoigner. Le magistrat anglais la dépeint comme l’une des femmes les plus impressionnantes et courageuses ayant jamais témoigné devant un tribunal en Grande-Bretagne, une femme dotée d’un fort tempérament et d’une personnalité extraordinaire.
Le 18 mai 1965, Yad Vashem a reconnu Adélaïde Hautval comme Juste parmi les Nations