Témoignage sur Samuel Blumsztein convoi 6 par sa sœur Rachel Blumsztein

Samuel BLUMSZTEIN, né à Mlawa le 28 janvier 1924

Sarah (Sura) BLUMSZTEIN, née Boszkowska à Mlawa le 13 août 1907

Par la fille de Sarah et sœur de Samuel, Rachel Blumsztein

Témoigner sur cette période m’est particulièrement difficile. L’évocation de ces souvenirs m’est toujours douloureuse, et ceux-ci sont en partie confus, car  je n’avais que 8 ans. Néanmoins certains faits restent gravés dans ma mémoire.

Je suis née à Héricourt, en 1934, petite ville d’environ 12.000 habitants qui était située en zone occupée, en Haute Saône, près de Belfort.

Mon père Berek Blumsztein, né le 1er novembre 1915 à Krasnosielc, Pologne, village située à une quarantaine de kilomètres au nord de Varsovie. Il était commerçant et a épousé ma mère, Sarah, en secondes noces.

Sa première épouse Cipa (la sœur de ma mère Sarah) est décédée en sanatorium à Varsovie en 1929. Ils ont eu une fille : Esther, décédée la même année que sa mère en 1929 à l’âge de un an. Samuel, mon demi-frère, est issu de cette première union ainsi que Simone, sa sœur jumelle. Elle avait quitté le giron familial et habitait en zone libre à Périgueux, chez mon oncle maternel, Abraham Boszkowski.

Mon père a fui la Pologne dans les années 1930. Il s’est installé en France et a fait venir ma mère Sarah, en 1933. Sarah est née en 1907 à Mlawa, Pologne. petite ville située à 80 km au nord-ouest de Varsovie, J’ai appris récemment que ses parents étaient d’un milieu orthodoxe. Elle était douce et gentille. Elle avait accepté d’épouser son beau-frère Berek, après le décès de sa sœur Cipa.

Mes parents étaient des gens simples et bons. Ils se sont mariés civilement à la mairie de Belfort le 18 juillet 1933. Je suis née de cette union le 15 janvier 1934. Nous étions chéris et gâtés dans la mesure de leurs moyens. Mon frère Samuel était tout juste âgé de18 ans. Ma mère Sarah avait 35 ans.

Ils ont été arrêtés le 11 juillet 1942 à Héricourt. Nous y habitions depuis 1933. Je me souviens que mon père voulait nous faire passer en Suisse, toute proche. Les restrictions de sortie, les passeurs malhonnêtes, et la peur des dénonciations nous avaient jusque-là empêchés de mener ses plans à terme.

Ce jour là, mon père s’était absenté, et moi, j’étais enfermée dans l’appartement familial. J’ai entendu distinctement une voisine indiquer aux policiers où ma mère et mon frère se trouvaient (ma mère partie acheter du lait, mon frère, apprenti, travaillait chez un tailleur.). Il s’agissait des premières arrestations dans notre ville. Ils ont été amenés au commissariat où ils ont séjourné 48 heures. Ce jour là, ils ne m’ont pas arrêtée (je n’étais pas sur la liste !).

C’est au commissariat que j’ai revu pour la dernière fois mon frère et ma mère. Ils semblaient déjà très éprouvés. Ma mère me gifla (pour la première et dernière fois de ma vie) m’intimant l’ordre de partir. Ce fut notre dernière rencontre. Par la suite, mon père alla se présenter afin d’être échangé contre eux, en vain. Il fut refoulé violemment avec la promesse d’être à son tour arrêté d’ici quelques mois.

Ils ont été incarcérés à la prison de Vesoul, puis séparés. Mon frère a ensuite été transféré à Beaune La Rolande, et ma mère à Pithiviers, avant d’être tous deux déportés à Auschwitz par le convoi n°6, le 17 juillet 1942. Samuel y est mort trois mois plus tard le 16 octobre 1942 d’après les archives du camp. Il avait à peine 18 ans.

Après l’arrestation de ma mère et de mon demi-frère, mon père et moi quittions souvent le domicile le soir par peur d’êtres arrêtés. Mon père était tourmenté et ne savait que faire. S’enfuir en perdant l’espoir de revoir sa femme et son fils lui était insupportable. Trois mois plus tard, le 5 octobre 1942, à 5 heures du matin, mon père et moi avons été arrêtés par la police française et la gestapo à notre domicile. Nous avons été incarcérés séparément à la prison de Lure.

Mon père fut déporté à Auschwitz par le convoi n°42, parti de Drancy le 6 novembre 1942 (je ne l’ai su que bien plus tard). Samuel était déjà mort. Je ne sais pas quand ma mère et mon père y furent assassinés.

Personnellement, je n’ai dû mon salut, après 3 semaines de détention, qu’à la chance et à la présence d’esprit de mon père qui a dû convaincre les policiers que j’étais Française avant d’être Juive. Il avait pris soin de me naturaliser trois mois après ma naissance. J’ai été libérée en pleine nuit, sans explications. J’ai trouvé refuge cette nuit-là chez notre voisine, à qui mon père avait confié toutes nos économies. Elle me chassa au petit matin, m’expliquant qu’elle ne voulait pas risquer sa vie pour sauver la mienne. J’avais 8 ans. J’ai dû m’enfuir. Une fuite qui dura deux longues années rythmées par la peur, la faim, le froid, et surtout la solitude.

Ce n’est qu’en 1944 que j’ai pu retrouver ma sœur Simone. Elle a également beaucoup souffert. Son mari, Alexandre Weich, 25 ans, déporté par le convoi 73 du 15 mai 1944, avait été arrêté alors qu’elle était enceinte, et elle-même n’a survécu que par miracle. Il a été fusillé par les Allemands alors qu’il était interné à Kaunas-Reval-Tallinn (Lituanie/Estonie), le jour où les Russes libéraient leur camp.

Je n’ai plus jamais revu mes parents ni mon frère. Le hasard a fait que j’ai survécu.

D’eux, je n’ai gardé que des souvenirs, aucune photo, aucun objet. Ma sœur Simone et moi, les deux seules rescapées, avions du mal à évoquer ces moments douloureux qui ont marqué à tout jamais notre existence.

Au cours de l’année 2006, j’ai perdu ma sœur Simone.

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