Témoignage sur Hersh Schaffel convoi 6 par sa fille Betty Schaffel

Hersh  SCHAFFEL

Par sa fille Betty SCHAFFEL

Bruxelles, 15 juillet 2007

« La locution "lo tishcah" revient souvent, dans les témoignages des rescapés et des survivants, j'y adhère pleinement, en y ajoutant questionnement. Franchement, comme beaucoup de personnes de ma génération - je suis née en 1937, à Bruxelles - le souvenir de mon papa disparu dans les camps est resté enfoui dans ma mémoire. La résilience a dû jouer comme dirait le  neuropsychiatre Boris Cyrulnik. »

Mes parents se sont établis en Belgique dans années 1930 où ils se sont mariés. Mon papa est né le 25 août 1910 à Zolkiev en Pologne et ma maman Paula Veiszner à Sighet en Hongrie. Ils demeuraient à St Gilles les Bruxelles.

Avec courage, ils se sont construit une vie meilleure autour de leur fille Betty et ont prospéré dans la petite entreprise de fabrication de maroquinerie qui occupait 10 personnes à l'invasion de la Belgique au 10 mai 1940. Les nombreuses lois antisémites édictées, dès octobre 1940 ont  été à l'égal de ce qui s'est passé en France.

La conséquence, plus de 26000 Juifs et Tsiganes assassinés, transportés par la S N C B  équivalente à la S N C F, donc complice.

En Belgique, il n’y eu pas de reconnaissance officielle de l'Etat dans la déportation des Juifs. Aucune recherche historique sur la complicité des chemins de fer belges dans l'acheminement des Juifs vers Auschwitz ou vers les camps du mur de l’Atlantique. Les rentes des orphelins à 55 euros par mois ont été indexées sur le coût de la vie…

Ma malchance a voulu que mon papa soit déporté de France et ma maman de Belgique.

Mon papa Hersch SCHAFFEL a été raflé à Paris le 14 mai 1941, dans l’opération "billet vert». Il n'avait pas de convocation. Il se trouvait en France pour organiser le passage de sa petite famille en Suisse. Il a séjourné à Pithiviers jusqu'à l'évacuation du camp vers Auschwitz, à cause de l'opération Vel d'Hiv, du 17 juillet 1942.

J'ai appris, il y a très peu de temps que mon père, a tenté de s'évader d'Auschwitz, ce qui lui a coûté la vie, dans une fusillade, le 15 août 1942.

Mon travail de mémoire se poursuit en participant, aux rencontres avec les gens concernés par le convoi n° 6 et en militant, en Belgique, pour faire éclater la vérité sur la complicité de l’état  belge; nos enfants ou petits-enfants y parviendront, peut être?

Très récemment, l'historien Marce Baervoets a alourdi la responsabilité de l'Etat belge en l'impliquant directement dans l'expulsion, dès le 10 mai 1940, de milliers de Juifs, vers les camps d'internement du sud de la France, antichambre des camps d'extermination. A ce stade, sans entrer dans des décomptes macabres, plus de la moitié de la population juive de Belgique a  péri dans les camps.

Comparaison n'est pas raison, mais la mise en perspective de la France et de la Belgique est édifiante face aux crimes perpétrés contre les Juifs. En France : Chirac en 1995, reconnaît l'Etat vichyste acteur de la déportation; les commissions d'historiens poursuivent en permanence leur travaux de recherches sur la complicité des sociétés déEtat, à preuve Delpard et la SNCF avec à la clé le procès Lipietz. Les rentes des orphelins 450 "euros "cristallisés " ; des commissions, à la botte de l'Etat, réparant Chichement, en concertation avec les victimes.

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