Témoignage sur Chaya Intrator convoi 6 par sa petite-fille Dafna Salan (Israël)

« Comment tout a commencé ? Tout a commencé avec une visite en Pologne en mars 2005.  

J'ai dirigé, il y a deux ans, une délégation d'élèves du lycée dans lequel j'enseigne à Holon en Israël, qui est partie visiter la Pologne et les camps de la mort.

A l'occasion de ce voyage, j'ai décidé de vérifier tous les détails concernant le sort de mon grand père Isaac INTRATOR et de ma grand-mère Chaya INTRATOR, mes deux grands-parents maternels, qui ont été assassinés à Auschwitz. »

Mes grands-parents maternels avaient deux filles: ma mère Eve Intrator (mariée Ovadia) et sa petite soeur Hélène Intrator. Elles ont été cachées pendant la guerre chez des paysans français dans le sud de la France et ainsi ont été sauvées. Ma mère avait 6 ans à cette époque. A part ce « détail », personne à la maison ne parlait de la Shoah en général, ni du sort de nos grands-parents en particulier. Pendant le voyage en Pologne j'ai décidé d'en savoir plus.

J'ai demandé à ma mère de me donner plus de détails précis: des noms, des dates, des événements . Elle non plus ne savait pas grand-chose.

 Ses parents Isaac et Chaya INTRATOR ont été déportés le 17 juillet 1942 à Auschwitz par le convoi numéro 6,  du camp d'internement de Pithiviers. Ils ne sont pas revenus. Le nom de famille de mes grands-parents était le même : INTRATOR. En effet ils étaient issus de deux branches d'une même famille.

Pendant la visite du camp d'Auschwitz, j'ai donné leurs noms au service des Archives en espérant recevoir plus de détails sur leur sort. Le service des Archives commit une erreur et m'envoya une réponse destinée à quelqu'un d'autre, qui comme moi recherchait des informations sur des êtres chers disparus. Je me suis mise en contact avec lui et lui ai envoyé ce qui lui était destiné. C'est grâce à lui que je me suis connectée par Internet avec un forum de discussion nommé Forum « Shorashim » c'est à dire « Recherche des Racines ».

Ce forum m'a aidé d'une façon extraordinaire et émouvante. Par lui je suis arrivée à un site nommé JEWISHGEN et là, j'ai été mise en contact avec 4 autres personnes recherchant également des informations sur la famille INTRATOR. Parmi eux, un Belge qui avait déjà accompli un travail de recherche considérable et qui m'a envoyé beaucoup de données.

Malheureusement, bien qu'il connût l'existence de ma mère, il était incapable de la situer sur un arbre généalogique. Nous étions bloqués dans nos recherches. Cependant mes investigations sur le site m'ont permis de découvrir plus de détails sur la famille de ma grand-mère maternelle, et le témoignage d'une cousine à elle, Hélène Bultz (la fille de Tzila Englard), qui vit aujourd'hui au Luxembourg, m'a permis de compléter de façon partielle l'arbre familial.

Du côté de mon grand-père Isaac INTRATOR, un homme sage d'après Hélène Bultz, je découvris que ses parents Mendel et Sara étaient originaires de Blazwa en Pologne. Il avait une soeur plus âgée que lui dont j'ignore le nom. Elle a quitté la Pologne pour la Russie et est devenue une militante communiste. Puis sa trace a disparu. Concernant ma grand-mère Chaya (Scheindel) Intrator, Hélène Bultz se souvient qu'elle adorait être à ses cotés parce qu'elle lui lisait des histoires merveilleuses.

Son père Chaïm est né en 1877 à Tarnow, en Pologne, puis a habité la petite ville de Sieniewa en Galicie. Il était doté d'un solide sens de l'humour, savant en Thora et Talmud. Il mourut avant la guerre et est enterré à Sieniewa. Sa mère Sarah Nadel, la grand-mère de ma mère, est née en 1879. Elle était une « bonne âme» qui portait assistance à tous. Ses parents se nommaient Hillel Nadel et Malka Königsberg. Hillel était « shohet» c’est-à-dire qu'il abattait rituellement les animaux. Chaya avait un frère et trois soeurs. Deux d'entre eux, Malka et Melekh, ont péri avec leurs parents dans les camps de la mort.

Les deux autres soeurs Tzila et Frida ont survécu. Tzila a eu deux filles: Hélène Butz et Rose Michalowitz. Après la guerre, Tzila a retrouvé ma mère Eve et sa soeur Hélène. Elle est devenue leur tutrice, mais après six mois pendant lesquels les deux filles ont vécu avec sa famille, elle les a confiées à un orphelinat de l'OPEJ près de Lyon. Deux fois par an ma mère et sa soeur lui rendaient visite : pour les fêtes de Rosh Hashana et pour la Pâque juive.

Frida Hazenfeld est montée en Israel avant la guerre et a eu deux fils : Yechezkiel et Yaakov.  Quand ma mère est montée en Israël dans le cadre d’Aliat Hanoar (à l’âge de 14 ans), avec sa petite sœur, elle est restée en contact avec sa tante Frida et passait chez elle les fêtes juives.

En mai 2005, j'ai consulté le site internet du Mémorial de la Shoah à Paris et j'ai découvert à ma grande surprise qu'un livre concernant le Convoi 6 était paru, ce convoi qui a emporté mes grands-parents maternels. J'ai été toute remuée ; mes parents se trouvaient justement à Paris à cette époque et je leur ai demandé d'acheter le livre. Après l'avoir lu avec fièvre, je fus déçue : il n'y avait rien sur la famille INTRATOR. Je me suis mise en contact avec des gens vivant en Israël,  liés à ce convoi et avec l'association à Paris. J'ai mis une annonce dans le Bulletin de l'Association No 9 de juin 2005:

     « Je viens de recevoir le livre du Convoi 6 et je voudrais savoir s'il y a d'autres informations sur les déportés de ce convoi.

     Mon grand père Isaac Intrator, est né le 8 Aout 1905 à Blaszawa en Pologne. En 1934 il habitait avec sa femme au 17 rue Rouget de l'Isle à Montceau-les-mines. Il vendait des meubles et avait un appartement au-dessus du magasin.

 Ma grand mère Chaie Intrator est née le 2 août 1909 à Sieniewa en Pologne. Ils avaient deux filles: ma mère Eve, qui avait 6 ans et sa soeur plus jeune. Ils sont partis de Pithiviers le 17 juillet 1942 pour Auschwitz.

Si vous avez des renseignements sur eux, soyez aimables de transmettre au journal qui fera suivre »

En septembre 2006, je me suis rendue à l'Assemblée Générale de l'association à Paris avec ma fille aînée Danielle ; elle m'a émue et a ému les membres de l'association par son ardeur à m'aider dans mes recherches. J'ai rencontré des gens qui m'ont aidée et m'ont mise sur la piste des documents que je recherchais.

Je dois dire que malgré le fait que je ne découvris pas grand-chose de concret, les personnes du Convoi 6, de la première et de la seconde génération, sont devenues pour moi des « frères de douleur ». Il est sans doute plus facile de souffrir ensemble. Pendant mes visites à Paris, je les rencontre et garde le contact avec eux : ils me sont très importants et ils me sont très chers: frères de douleur, frères de recherches, frères de deuil, de foi et d'espoir.

La raison pour laquelle je désire imprimer tout cela, ainsi que l'arbre généalogique ci-joint, se divise en fait en deux raisons :

  • La volonté de conserver et de garder le souvenir de tout juif assassiné d'une façon tant cruelle par les nazis et, a fortiori des membres de ma famille.
  • La volonté d'en savoir plus, de découvrir la moindre parcelle de renseignements sur ma famille, par des personnes qui liront ces lignes. Mon enquête m'a appris que l'on doit se souvenir et ne pas oublier.

Ma tâche est ce témoignage que je donne, ma tâche c'est le lien avec les personnes liées au Convoi 6, ma tâche est de transmettre à mes trois filles, Danielle, Maayan et Adi , membres de la troisième génération, le bâton-témoin de la mémoire.

Je veux exprimer ici mes remerciements à Shlomo BALSAM, que j'ai connu pendant mes recherches sur ma famille et qui a accepté de traduire ce texte d'hébreu en français.

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