Simcha Jedlinski convoi 6 par sa nièce Eliane Ungar

« C’est tout à fait par hasard que j’ai feuilleté le livre « Mémoires du Convoi 6 ». En lisant la liste des déportés, j’ai découvert le nom de Simcha Jedlinski. Je me suis alors rappelée que mon père avait un frère Simon qui vivait en France avant-guerre et un lointain souvenir m’est revenu d’une cousine prénommée Lili et de sa mère Fernande qui venaient de temps en temps nous rendre visite quand j’étais enfant. J’ai pensé que Simcha pouvait être l’oncle Simon. »

Mon père Herz Jedlinski et ma mère Brandla Friedman, sont nés en Pologne. Herz était natif de la ville de Czestochowa et Brandla de Chrzanow, ville située entre Cracovie et Auschwitz. Ils sont tous les deux rescapés des camps de concentration allemands. Après avoir survécu à la Shoah, ils sont venus chacun de leur côté rejoindre les rares survivants de leur famille en France. Leurs destins se sont croisés au château de Versailles en 1947.

Je n’ai jamais connu mes grands-parents ni les quatre frères de mon père disparus dans les camps de la mort en Pologne. Mon père n’a jamais raconté sa jeunesse avant la guerre ni les années passées dans les camps. J’ai pu reconstituer le parcours de ma mère qui a été libérée en 1945 à Bergen-Belsen. Quand je posais des questions, ma mère répondait systématiquement : « De toute façon, tu ne peux pas comprendre ». Les adultes parlaient entre eux en yiddish de ces années-là.

J’ai toujours été persuadée qu’aucun membre de ma famille n’avait été déporté de France. Je connaissais bien sûr les deux sœurs aînées de mon père qui s’étaient établies en France avant la guerre et avaient fort heureusement traversé sans encombre cette terrible période. Elles sont décédées depuis plusieurs années. Mes parents sont décédés aujourd’hui et il ne reste plus personne pour raconter leur vie.

C’est tout à fait par hasard que j’ai feuilleté le livre « Mémoires du Convoi 6 ». En lisant la liste des déportés, j’ai découvert le nom de Simcha Jedlinski. Je me suis alors rappelée que mon père avait un frère Simon qui vivait en France avant-guerre et un lointain souvenir m’est revenu d’une cousine prénommée Lili et de sa mère Fernande qui venaient de temps en temps nous rendre visite quand j’étais enfant. J’ai pensé que Simcha pouvait être l’oncle Simon.

A la suite de recherches minutieuses au Mémorial de la Shoah dans les fichiers des Archives nationales, j’ai eu confirmation que Simcha était bien le frère de mon père dont le prénom avait été francisé en Simon :

  • Les noms de ses parents correspondent bien aux noms des parents de mon père
  • la fiche familiale de Simcha fait mention d’une fille Liliane, la « Lili » dont je me souvenais.

Grâce à ces renseignements et à une photo datant des années 1925 au dos de laquelle, fort opportunément, mes parents avaient noté les noms des personnes y figurant, voici ce que j’ai pu reconstituer sur la vie de Simcha Jedlinski, déporté de Pithiviers le 17 juillet 1942 pour Auschwitz.

Simcha Jedlinski est né le 1er septembre 1905 à Brzenica en Pologne.

Ses parents Yosef Jedlinski et Shifra Kremski, natifs des environs de la ville de Czestochowa, ont eu sept enfants, cinq garçons et deux filles. Mon père était le plus jeune.

Vers 1925, la sœur aînée, Esther, a émigré en Belgique puis en France. Quelques années plus tard sa sœur, Rushka l’a rejointe. Esther s’est mariée, a fondé une famille et trois filles sont nées en France de cette union. Elles ont passé les années d’occupation cachées en zone libre.

Simcha est arrivé à Paris le 15 septembre 1930. Il s’est marié avec Fernande et une petite fille Liliane est née en 1934. Le couple a habité 119 rue des Boulets dans le 11e arrondissement. Simcha exerçait la profession de tailleur salarié.

Simcha Jedlinski est arrêté le 14 mai 1941 par la rafle dite du « billet vert » et interné à Pithiviers sous le matricule 670. Il est d’abord affecté à la baraque 7, puis à la baraque 8. Le 17 juillet 1942, il a fait partie du convoi N° 6 pour Auschwitz d’où il ne reviendra pas. Sa femme et sa fille Lili ont survécu en se cachant en France. Fernande est décédée en 1980 et Lili en 1981.

Aujourd’hui c’est tout ce que j’ai pu reconstituer du puzzle de ma famille paternelle et bien des questions restent sans réponse.

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