Samuel Emile SPERBER convoi 4 par son fils Jacques SPERBER

Convoi 4

 Samuel Emile SPERBER, mon père.

Il est né le 26 janvier 1915 en Pologne à Kolaczyce ; ses parents se nommaient Simche et Mila, née Strauch. Je ne sais pas s’il avait des frère (s) et/ou sœur (s). Il serait arrivé en France en 1938.

J’ignore tout de sa famille polonaise, de sa vie dans ce pays et de ce qui l’a incité à émigrer en France ; il est possible qu’il a connu en Pologne celle qui deviendra plus tard sa femme puis ma mère, Sura SZULC qui demeurait déjà à Paris avec sa sœur aînée Laja.

Pour l’établissement de sa fiche d’internement, mon père a déclaré habiter, 31 rue Ramey dans le 18ème arrondissement de Paris et exercer le métier d’artisan fourreur.

Quelques semaines après l’entrée en guerre de la France, il s’engage volontairement, le 5 octobre1939, pour la durée de celle-ci, dans la Légion Etrangère ; il semblerait qu’il fut basé au camp de la Valbonne près de Lyon ; sa fiche militaire précise qu’il a été réformé définitivement le 25 avril 1940 et rendu à la vie civile dès le lendemain. Durant ses 7 mois d’armée, il est demeuré 2ème classe.

Le 13 mai 1941, il répond à la convocation dite du Billet Vert et dès le 14 mai, il est envoyé au camp de Pithiviers où il est interné dans la baraque n°7. Une annotation sur sa fiche d’internement de Pithiviers, indique que mon père a fait 8 jours de prison au motif qu’il a traité « de salaud » un gendarme lui ayant fait une observation pour avoir dérobé des feuilles de papier au bureau de la Halterie ( ?). Il est remis « aux autorités occupantes » le 25 juin 1942. J’ignore tout de ce que furent ses 13 mois et demi d’internement.

Saura-t-il, même que sa femme est tombée enceinte juste avant son internement ? Peut être que oui : les divers écrits relatant les premières semaines des Internés, passées dans les camps du Loiret, indiquent que celles-ci furent un peu moins sévères que celles qu’ils allaient connaître en 1942 ; quelques visites des familles auraient été alors autorisées. Cependant, en février 1942, apprendra-t-il qu’il est devenu père d’un garçon prénommé Jacques ?

Mon père fait partie du Convoi n°4 qui quitte Pithiviers, le 25 juin 1942 et arrive au camp d’Auschwitz-Birkenau, le 27 juin 1942. Selon un courrier que j’ai reçu du Musée de Auschwitz-Birkenau, il est « marqué » (c’est la traduction en français qui m’a été faite du terme polonais)  comme « le prisonnier 42545 » et est affecté à Auschwitz III Monowitz. Durant sa présence dans ce camp, il aurait travaillé pour IG FARBEN à l’usine Buna.

Selon le même courrier du Musée, le dernier état de la présence de mon père à Auschwitz III - Monowitz date du 29 juin 1944.

Mon père ayant été libéré le 15 avril 1945 du camp de Bergen-Belsen par les soldats anglais, j’ignore totalement ce qui s’est passé pour lui entre le 29 juin 1944 et le 15 avril 1945. Pour quels motifs a-t-il été envoyé à Bergen-Belsen ? Quand et comment y est-il arrivé? « Travaillait-il » dans ce camp?

Libéré le 15 avril 1945, il est arrivé à Paris Gare du Nord, fin avril 1945 et, sans doute, l’un des premiers actes officiels qu’il a réalisé fut, le 3 mai 1945, de me reconnaître à la Mairie du 18ème arrondissement.  Mon patronyme, porté sur les documents d’état civil jusqu’à cette date, était celui de ma mère, SZULC; celui-ci fut, alors, rayé et remplacé par celui de mon père, SPERBER.

C’est certainement à cette période qu’il dut aussi apprendre le décès de sa femme, ma mère et de son neveu, survenus le 28 août 1944, après qu’un bombardement allié eut détruit un quartier de la commune lyonnaise où nous étions cachés tous les trois depuis le début août 1942, et après que nous ayons fui Paris en compagnie de ma tante, la sœur de ma mère. Celle-ci fut arrêtée lors de la tentative de passage en zone libre à Chalons sur Saône.

Lors de ce bombardement, je fus très grièvement blessé à la tête et j’étais devenu orphelin de mère.

Mon père dut se reconstruire avant de pouvoir s’occuper de moi à plein temps. Il reprit son métier de tailleur. Il se remaria fin 1952 et eut 2 autres garçons. Il obtint la nationalité française le 16 avril 1951 par décret, lié, je pense, à son engagement militaire en 1939.

Puis, il tomba très gravement malade à partir de 1956, conséquence de ses 4 années d’internement et de déportation ; il dut subir de multiples interventions chirurgicales, échelonnées sur plusieurs années qui l’amputèrent, entre autres et en plusieurs phases, des 2 jambes, chacune au-dessus du  genou. Il finira ses dernières années de vie en fauteuil roulant, totalement handicapé. Il décéda en janvier 1964 d’un infarctus ; il allait avoir 49 ans. Il repose au Cimetière de Bagneux.

Mon père, bien qu’il ait survécu et soit revenu des camps d’extermination, a son nom gravé sur le Mur des Déportés, au Mémorial de la Shoah à Paris. A aucun moment, il ne me parlera de sa famille (la mienne aussi), de ses années passées en Pologne et en France, de la vie de ma mère, de ses 4 années de souffrance dans les camps, etc.

  • Convoi 5,

 Moszek ROZENBERG, mon oncle, beau-frère de mon père

Il est né le20 mars 1907 en Pologne à Varsovie ; ses parents se nommaient Mordella et Racha Namerage. Il avait au moins un frère, Zelik Rozenberg. Je ne connais pas la date de son arrivée à Paris où il vivait ; il était marié avec Laja Szulc, la sœur aînée de ma mère et ils avaient un fils, Henri-Max, né le 30 mars 1934 à la Maternité, 5 rue Carpeau à Paris 18ème.

Son métier n’est pas parfaitement défini en 1934. Il déclare être manœuvre. Lors de la déclaration de naissance de son fils, il indique demeurer 16 rue Bachelet dans le 18ème arrondissement.

Le 13 mai 1941, il répond, comme mon père, à la convocation dite du Billet Vert et dès le 14 mai, il est envoyé au camp de Beaune la Rolande dans le Loiret où il est interné dans la baraque n°18. Une observation, sur sa fiche d’internement de Beaune la Rolande, précise qu’il est interné au motif « en surnombre dans l’économie nationale ». Son métier déclaré sur cette fiche est « tailleur ». Il est remis « aux autorités occupantes » le 27 juin 1942 et part le 28 juin avec le Convoi 5 en direction du camp d’Auschwitz-Birkenau. Il ne survivra pas ; il avait 35 ans. Son nom est porté sur le Mur des Déportés, au Mémorial de la Shoah à Paris.

J’ignore tout de ce que furent ses 13 mois et demi d’internement ainsi que les date et conditions de son décès. Je ne l’ai pas connu et sans doute, lui, a-t-il ignoré ma naissance.

  • Convoi 16,

Laja ROZENBERG, née SZULC, ma tante, sœur aînée de ma mère 

Elle est née en 1903 (je ne dispose pas d’autres précisions) en Pologne à Ciechanow ; ses parents se nommaient Abram et Masza née Rembaum. Elle avait une sœur cadette, Sura, ma mère. Je ne connais pas la date de son arrivée à Paris où elle vivait ; elle était mariée avec Moszek Rozenberg avec qui elle eut un fils, Henri Max, né le 30 mars 1934 à la Maternité, 5 rue Carpeau à Paris 18ème. Elle demeurait avec son mari et son fils, 16 rue Bachelet Paris 18ème. Aucune information quant à son métier. Son mari, Moszek Rozenberg, comme mon père, ayant répondu à la convocation dite du « Billet Vert » est immédiatement interné à Beaune la Rolande.

Zelik Rozenberg, le frère du mari de Laja, n’a pas répondu, lui, à cette convocation et avec sa femme et ses enfants, ils ont fui Paris à l’été 1941 pour se réfugier en zone sud, dans une commune au nord de Lyon.

Les deux sœurs se retrouvent donc seules à Paris, l’une avec son fils, l’autre enceinte, chacune ayant son mari interné dans un camp du Loiret.

Sur la déclaration de ma naissance, en février 1942, ma mère déclare habiter 16 rue Bachelet dans le 18ème arrondissement, l’adresse de sa sœur Laja ; les deux sœurs habitent donc ensemble, décision prise, sans doute, après l’internement de leur mari respectif. L’hypothèse probable du fait qu’elles demeurent à Paris jusqu’à l’été 1942, est que chacune a son mari interné à une centaine de kilomètres d’elle.

Puis survient le départ des maris des camps de transit du Loiret, fin juin 1942, pour une destination inconnue, sans doute l’ignorent elles.

Arrive le 16 juillet 1942, la rafle du Vel d’Hiv : les deux sœurs et leurs fils l’évitent par miracle, jamais je ne saurai comment elles ont pu faire. Alors, très certainement et c’est pour moi une seconde hypothèse, décident-elles de fuir en zone (encore) libre par le train ou par la route et rejoindre en région lyonnaise, l’autre famille Rozenberg.

Mais pour cela, il faut passer la ligne de démarcation entre les deux zones, située vers Chalons sur Saône. Et Laja, uniquement elle, se fait prendre et est immédiatement arrêtée ; par qui et à quelle date, je ne sais pas. Elle est d’abord emmenée à la maison d’arrêt de Chalons-sur-Saône puis transférée au camp de transit de Pithiviers où elle arrive le 4 août 1942, selon sa fiche d’internement. Le 6 août, elle est remise aux autorités occupantes. Elle part le 7 août 1942 avec le convoi 16 pour Auschwitz-Birkenau. Elle ne survivra pas ; elle avait 39 ans. Son nom est porté sur le Mur des Déportés, au Mémorial de la Shoah à Paris.

  • Enfant caché,

Moi, Jacques SPERBER

 Je suis né le 4 février 1942 à Paris 18ème, de père et mère juifs, originaires de Pologne, ayant fui  l’un et l’autre leur pays d’origine pour venir se réfugier à Paris, avant le début de la seconde guerre mondiale.

Mon père, Samuel Emile Sperber, ayant répondu le 13 mai 1941 à la convocation dite « du Billet Vert » fut, dès le lendemain, arrêté et interné au camp de transit de Pithiviers et, le 25 juin 1942, par le Convoi 4, il fut déporté à Auschwitz-Birkenau.

La sœur aînée de ma mère, Laja Rozenberg, demeurant aussi à Paris depuis le début des années 30, se trouvait dans les mêmes conditions que ma mère : mari, lui, interné à Beaune-la-Rolande, depuis mai 1941, puis déportation à Auschwitz-Birkenau par le Convoi 5.

Ma mère et sa sœur, se retrouvant seules avec un bébé de quelques semaines pour l’une, un enfant de 8 ans pour l’autre, et face à tous les dangers auxquels, elles devaient être confrontées en permanence (elles avaient pu, de surcroît, échapper à la rafle du Vel d’Hiv, le 16 juillet 1942)  n’avaient plus aucune raison de demeurer à Paris et décidèrent, début août 1942, de tenter de fuir en zone (encore) libre où elles avaient de la famille cachée en région lyonnaise depuis l’été 1941.

Ma tante fut arrêtée à Chalons sur Saône et ma mère se retrouva seule avec son neveu de 8 ans et moi, son bébé, de 6 mois. Elle réussit à arriver dans la commune de destination, Anse, située sur la RN 6 entre Villefranche-sur-Saône et Lyon. C’est dans cette commune qu’elle se cacha avec nous, en compagnie de 3 autres familles juives représentant plus d’une vingtaine de personnes dont une douzaine d’enfants.

Ces présences étaient connues du maire et de l’ensemble des Habitants. Il n’y eut, ni dénonciation, ni arrestation durant tous les mois où nous fument tous cachés.

Le matin du 28 août 1944, un bombardement allié, destiné à empêcher la fuite et la retraite vers le nord de la France des troupes allemandes, détruisit tout un quartier de la commune, celui où ma mère, son neveu et moi habitions. Il y eut 22 morts dont ma mère, 31 ans, et son neveu, 10 ans ainsi que d’innombrables blessés dont moi, très gravement, entre autre, à la tête. J’étais survivant mais orphelin de mère avec un père emmené en déportation en 1942. Ma mère et son neveu sont enterrés dans le cimetière juif de la Mouche à Lyon.

En 2012, j’ai demandé au maire de Anse de bien vouloir accepter de faire entrer sa commune dans le réseau français « des Villes et Villages Justes parmi les Nations » en souvenir des actes de générosité des Habitants de cette période de guerre. Lui et son conseil municipal répondirent favorablement à ma demande. Cela se fit officiellement en septembre 2014 lors d’une cérémonie.

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