Récit sur la famille Szaingarten convoi 6 par Bernadette Châtré

Par Bernadette CHÂTRÉ dans "la loupe se souvient".

Pessa Pauline SZAINGARTEN est née le 4 ou le 6 mai 1910 à Kaluszyn (Pologne). Elle est entrée en France en 1910.

Son époux Joël SZAINGARTEN né le 27 décembre 1905 à Varsovie a été déporté par le Convoi 5.

L’histoire de Pauline SZAINGARTEN apparaît dans un livre de souvenir intitulé « La loupe se souvient » rédigé par Bernadette Châtré. En voici un quelques extraits.

« Dans notre petite ville résidait une famille issue de la communauté juive. Juifs polonais, ils logeaient rue Ludière. Les braves gens estimés de tous étaient marchands forains. Ils vendaient sur les marchés des vêtements de confection.

Mr et Mme SZAINGARTEN avaient une petite fille Raymonde. Sous l'impulsion de leur dictateur, les Allemands appréhendaient les gens de cette ethnie. Le 25 juin 1942 le papa fut arrêté et transféré sur Drancy (on le sut beaucoup plus tard). Les Allemands arrivaient chez eux, ils les obligeaient à les suivre sans donner de vrais motifs ... Un départ pour un éventuel travail. On ignorait alors vers quelle destination. Puis ils disparaissaient. La maman resta seule, avec sa petite fille et son désespoir. Pour les brimer davantage, ces gens étaient obligés de porter sur le côté gauche de la poitrine l'étoile (ce, depuis mai 1942). La mère avait cousu sur ses vêtements et ceux de sa fillette le signe distinctif (l’étoile). L'enfant profondément affectée par cette marque, la cachait par son petit chapeau qu'elle tenait dans sa main ou retournait le revers de sa veste. Certaines gens du pays conscients du risque, des dangers qui menaçaient le reste de la famille, tentèrent vainement de persuader cette femme de se cacher. Mais la femme ignorant le destin tragique de son mari ne voulait à aucun prix quitter sa résidence. Elle avait peur que son mari subisse des représailles si les Allemands constataient son absence. Le 10 juillet, elle fut arrêtée à son tour et dirigée sur Pithiviers.

Mr Grignon, le garagiste attitré de mr. SZAINGARTEN recueillit la petite fille. Seule, privée de l'affection d'un papa et d'une maman, Raymonde s'installa dans son nouveau foyer d'adoption. Mais là, elle ne connut pas le repos. Les Allemands après avoir arrêté le père et la mère recherchaient l'enfant. Mr. Grignon, interrogé, dit que sa famille l'avait emmenée. Où ? Nul ne le savait.

Les Allemands étaient tenaces. Alors, commença un sinistre jeu de cache-cache mêlé de peur. Le jardin de mr. Coutard, alors premier adjoint et de sa femme, institutrice, était séparé par un mur de celui de M. Grignon. Une échelle fut dressée de chaque côté, comme par hasard, de la palissade et, dès qu'un uniforme vert de gris se pointait ou que des bottes claquaient sur le pavage du garage, l'enfant allait se réfugier chez mr. Coutard" ; il arriva un jour à la « petite » de les croiser dans sa fuite, mais devant son innocence, et son naturel ils n'attachèrent aucun intérêt à la fillette.

Les Allemands devenaient de plus en plus insistants. Ils fouillaient partout, interrogeaient la directrice de l'école mais personne n'avait de renseignements sur l'enfant. Mr. Picot, le chef de la gendarmerie, prévint la famille d'accueil que la fillette devait être arrêtée. Il fallait fuir. Raymonde fut transférée en hâte chez mr. Mineur à la Cruchonière où elle passa huit jours. Munie de faux papiers, portant le nom de Grignon elle partit pour une autre destination : Le Maine et Loire où elle fut baptisée à Monfaucon-sur-Moine».

Bernadette CHÂTRÉ dans « LA LOUPE SE SOUVIENT » 

Edition non précisée

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