Récit sur Eljas Lonka convoi 6 par son neveu Jean-Claude Lonka

Lorsque l’on perd un parent chéri, un ou une amie très proche aimé aussi bien qu’un frère ou une sœur, nous avons des souvenirs qui reviennent en mémoire par milliers et ce sans aucun ordre croissant ou décroissant.

Un souvenir revient souvent au hasard, lors d’un évènement, d’un repas, d’une sortie…

Et il y a des photos.

On les regarde.

On rit, on pleure, on sourit.

Si un enfant ou un petit enfant est avec vous, vous expliquez, vous racontez.

Mais il y a aussi celles et ceux qui ont disparu lors d’une période sombre de l’humanité et en même temps que leur être, tous les souvenirs qu’ils avaient, leurs photos et tous les documents les concernant.

Vous savez qu’ils ont existé parce qu’un membre de leur famille, un ami a survécu et qu’il a raconté ce qu’il sait.

Pendant des années, mon fils et mes neveux m’ont dit :

« Tu es la mémoire de la famille, si tu ne racontes pas, tout sera perdu. »

J’ai raconté sur le site de “Yiddish Pour Tous” créé par Charles Goldszlagier comment je me suis décidé enfin à transmettre et à faire des recherches.

J’ai 2 petits-fils et 3 petites-nièces : cela m’a incité à ne pas laisser un vide dans une saga familiale.

Va savoir pourquoi quand ma mère ou mon père racontaient, je prenais des notes.

Des bouts de papier avec un nom, une date, des phrases : j’ai 13, 14 ans quand je commence à faire ça.

J’ai tout ressorti fin 2008 et j’ai alors joué au détective.

Mon père, en revenant dans son shtet’l natal de Kaluszyn en Pologne, en janvier 1946, a constaté que tout n’était que ruine.

Il a fouillé dans les cendres de la maison familiale pilonnée lors du bombardement de la cité en septembre 1942 et, miracle, il a retrouvé dans un vieil album à la couverture en piteux état des photos collées, toutes intactes.

Ainsi je connais le visage de presque tous les miens.

Mais le cahier tenu par son père pendant ses 25 ans d’armée avait disparu.

Mon père le connaissait par cœur et puis il m’a parlé de chacun de ses frères et sœurs, mais aussi de ses tantes et oncles, de ses cousines et cousins dont il n’y avait pas de photos, mais j’ai aimé ces ombres du passé et je me faisais une idée d’eux avec ce que mon père avait raconté.

Pour chaque membre de la famille il y a maintenant un chapitre qui les concerne dans le récit que je laisse aux miens, mais le plus extraordinaire c’est lorsque de ceux dont on sait les prénoms mais pas les visages un jour une piste s’ouvre qui permet enfin d’avoir des photos et des documents.

Il s’appelait Eljasz Lonka.

Il est né à Kaluszyn le 10 octobre 1900, chapelier de profession.

Mon fils Jérémie est né le 10 octobre 1980 et j’aime ce lien qui est comme un signe.

Dans la famille Lonka, quand la Pologne était sous le joug de la Russie, il y avait Noussen, Jacques, Dora, Yankel Kopel (mon grand-père), Eljasz et Mejlech.

Sur Eljasz, je n’avais que son prénom et son métier, et puis le destin m’a permis de retrouver sa famille… à Paris.

Kajla son épouse a survécu et leurs deux fils Salomon et Fernand ont été cachés.

J’ai donné à l’Association Mémoires du Convoi 6 et des Camps du Loiret tout le chapitre concernant Eljasz Lonka prénommé par une erreur administrative de celui de Gasz.

Sur le Mur des Déportés à Paris était gravé le nom de Gasz Lonka et il est ainsi écrit sur les documents concernant les déportés partis par le convoi N° 6 depuis Pithiviers vers Auschwitz.

Grâce aux documents trouvés, j’ai pu faire re-graver correctement son prénom.

Eljasz était venu en France en 1923. Son atelier de chapeaux était situé 6 rue Saint-Merri-Paris 4ème.

Il s’était engagé dans les Forces Polonaises basées en France le 3 septembre 1939.

Le 01-05-1940, il a été appelé sous les drapeaux et a été démobilisé le 06.09.1940.

Le 10 mai 1941 Eljasz est convoqué au commissariat pour une vérification d’identité, il est envoyé à Pithiviers.

L’association Mémoires du Convoi 6 et des Camps du Loiret fait un travail remarquable et permet par son site de conserver et de rappeler entre autres que 928 juifs sont partis dans ce train vers la mort.

Pour connaitre Eljasz, sa vie et l’histoire de cette recherche réussie allez sur le site : https://convoisduloiret.org/

Par Jean-Claude Lonka, 28 juillet 2021.

Avec l'autorisation de Tribune Juive

 

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