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Récit du destin de la famille Beinart par Daniela Levy arrière-petite-fille d’Aron Beinart convoi 6

19 août 1944 / 19 août 2023 : Maurice Beinart rend, pour la première fois, hommage à ses frères tombés sous les balles, au Pont de Mirabeau, dans le Vaucluse.

Le 19 août 1944, soit quelques jours après le débarquement de Provence, les alliés arrivent au Pont de Mirabeau. Le 20 août, Mirabeau est libre ! Près de huit décennies plus tard, Maurice Beinart, venu d'Israël, s’est tenu devant la stèle érigée, en mémoire de ses frères. Il a pour la première fois pu leur rendre hommage.

Les frères de Maurice Beinart n'ont pas connu la joie de la libération. Ils ont été abattus, un mois auparavant, le 21 juin 1944, près du pont de Mirabeau. Emile et Joseph étaient deux jeunes résistants juifs. Emile avait 24 ans, Joseph en avait 20.

Longtemps silencieux, Maurice Beinart a attendu ses 89 ans, pour oser évoquer le souvenir de ses frères. Sa famille ignorait tout de son histoire. Maurice est aujourd’hui l’unique survivant de sa fratrie. Un jour de 2023, il a évoqué l’existence d’une stèle « dans le sud de la France, pour ses frères fusillés ». Il souhaitait la retrouver et s’y rendre avant qu’il ne soit trop tard. Son fils a fait des recherches, la stèle semblait être à Mirabeau. Mais, existait-elle toujours ?

Vivant près de Marseille, la nièce de Maurice, Nurith Levy, accompagnée de son mari Gérard, entame de nouvelles investigations. La mairie de Mirabeau les dirige vers Arnoult Seveau, un habitant de Mirabeau qui préside l'association Mirabeau Patrimoine et Histoire et qui consacre beaucoup de son temps à des recherches historiques sur le village. Arnoult Seveau répond favorablement. Il cherche dans les archives communales, il sollicite les habitants de Mirabeau et au bout de quelques semaines, il parvient à rassembler de très nombreuses informations. Il sollicite ensuite Michèle Bitton. En tant qu’historienne elle avait réalisé un fastidieux travail sur les stèles. A partir de ces recherches un faisceau d'informations se forme, amalgamant les archives de Mirabeau, d'Avignon de la Fontaine du Vaucluse, de Yad Vachem et des témoignages convergents.

Les révélations fusent. Nous apprenons, qu’au début de la guerre, la famille vivait à Paris. Les parents, originaires de Russie, ont eu cinq enfants. L'exil marque déjà leur histoire : certains enfants sont nés en Lituanie, d'autres en Lettonie, et les deux plus jeunes à Paris. La famille réside dans la capitale française, à partir de 1924 et ils ont été naturalisés en 1939.

Dès 1941, le père est arrêté et déporté à Auschwitz. En 1942, le cadet suit, victime de la rafle du Vel d'Hiv. La mère, seule avec quatre enfants, décide d'envoyer les deux plus jeunes en Suisse. La famille Beinart est communiste, engagée au sein du groupe Poale Zion Smol. Ils bénéficient du soutien de cette organisation et de celui de l'œuvre au secours des enfants (OSE) pour mettre à l’abri Charles et Maurice.

En 1943, Emile et sa mère se réfugient, en Avignon. Joseph reste à Paris.

Le 20 juin 1944, Emile et Joseph se retrouvent à Mirabeau. Ils sont attablés au café de la gare, lorsqu'ils sont arrêtés. La nuit suivante, ils sont enfermés dans une des piles du pont de Mirabeau, pour être abattus le lendemain par la 8ème compagnie de Brandebourg, sur le chemin des Quatre Tours qui longe de la Durance, non loin du Pont de Mirabeau.

La famille comptait sept membres au début de la guerre. Elle n’en compte plus que trois à la fin : Maurice, Charles et leur mère. En 1945, les retrouvailles à Paris ouvrent un nouveau chapitre. En 1947, ils partent vers l'Afrique du Sud, puis en 1949, en Israël. La famille est communiste, ils rejoignent le mouvement des kibboutz.

Cependant, la brume du silence voile l'histoire familiale, et le passé sombre dans l'oubli. La stèle érigée à Mirabeau, à l'endroit où le destin des frères fut scellé, devient le fil rouge qui relie les époques.

Le 19 août 2023, Maurice Beinart se tient devant la stèle. Il peut enfin rendre hommage à ses frères. D'Israël, il accomplit ce voyage avec son épouse et son fils. Nurith et Gérard Levy, ainsi que leur fille Daniela, Arnoult Seveau et Michèle Bitton, l'accompagnent, à Mirabeau.

Le groupe se recueille d'abord à l'ancienne gare de Mirabeau, d'où les frères étaient arrivés. Ils honorent ensuite la mémoire des disparus, face à la stèle. Ils rencontrent Marcelle Lagarde, une dame d’âge vénérable, qui depuis la fin de la guerre fleurit la stèle chaque année, pour se souvenir des résistants du village. Enfin, Franco Papaléo, habitant l'ancien café de la gare, les accueille chaleureusement, leur permettant de revisiter les lieux de l'arrestation des frères.

Ainsi, le passé et le présent s'entrelacent autour de l'histoire de la famille Beinart. Une histoire d’exils, de résistance et de perte, honorée par une stèle qui relie les générations et rappelle les sacrifices d’une famille dans les tourments de la Seconde Guerre mondiale.

Article dans la Provence

https://www.laprovence.com/article/region/212142901563815/liberation-de-la-provence-a-89-ans-il-retrouve-a-mirabeau-la-trace-de-ses-freres-assassines

 

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