Morsko Rigman convoi 6 par sa fille Régine Lipshut

Morsko RIGMAN

Par sa fille Régine LIPSHUT

 « J’ai grandi comme une Australienne mais toujours avec quelque chose de différent, quelque chose de « manquant » (...) Il y a vingt ans environ, j’ai vu  ce que nous appelons « le livre Klarsfeld » dans lequel j’ai pour la première fois de ma vie, vu le nom de mes parents écrits. Noir sur blanc. Evidence qu’ils avaient en effet vécu. »

J'aimerais avoir connu mon père qui partit de France vers la mort à Auschwitz dans le Convoi 6.

J’aurais aimé aussi connaître ma mère qui le suivit en 1943 dans le convoi 58.

Mon père, Morsko RIGMAN est né à Siedlec en Pologne le 10 mars 1905, ma mère Tauba WECHTER était née à SOKOLOV PODALSKI le 1er octobre 1906.

Quand et où ils se sont mariés, je ne le sais pas, j’ai toujours cru qu’ils étaient venus en France au début des années trente. Ma sœur est née à Paris en 1934, mon frère en 1937 et moi en 1941.

J’ai grandi sans mes parents. Mes plus anciens souvenirs remontent à ma présence dans la Sarthe, avec mon frère et ma sœur et un  couple que je connais comme étant Mémé et Pépé. A une date indéterminée, j’ai été mise au courant que Mémé et Pépé n’étaient pas mes vrais grands-parents et que mes parents sont morts.

Après la libération nous avons été emmenés au Château de Méhoncourt, une maison dirigée par l’OSE et nous avons vécu dans d’autres maisons de l’OSE avant de partir en Australie quand j’avais sept ans et demi. Nous avons encore vécu plus d’une année dans une maison d’enfants juive. Mon frère, ma sœur et moi avons alors été adoptés par un couple juif.

J’ai grandi comme une Australienne mais toujours avec quelque chose de différent, quelque chose de « manquant ».

Plus tard j’ai appris que mes parents ont été envoyés à la mort à Auschwitz. Ma sœur était capable de se rappeler de nos parents. Par elle j’ai appris que mon père avait été pris en premier, que le reste de la famille avait été épargné parce qu’il y avait un jeune enfant –moi-

Nous pouvions rester à la maison. J’ai su que notre mère avait fait le grand sacrifice d’accepter de nous envoyer à la campagne afin que  nous  survivions.

J’ai grandi sans aucun des souvenirs normaux d’enfance, seulement une  photo  de notre père, une de notre mère et une de nous trois, enfants,  un simple portrait exécuté avant la déportation de notre mère. Je sais vraiment très peu de choses sur mes parents.

Il y a vingt ans environ, j’ai vu ce que nous appelons « le livre Klarsfeld » dans lequel j’ai pour la première fois de ma vie, vu le nom de mes parents écrits. Noir sur blanc. Evidence qu’ils avaient en effet vécu.

Au cours des années, j’ai visité la France plusieurs fois avec mon mari, puis avec mes enfants  Et tandis qu’à chaque visite nous apprenions un peu plus sur mes parents, j’en savais toujours très peu. Il y a quelques années nous nous sommes groupés avec mon frère et ma sœur pour poser une plaque au Mémorial de Roglit en Israël. Lors d’une récente visite, j’ai pu voir les noms de mes parents gravés sur le Mur du Souvenir à Paris.

J’ai visité aussi en Pologne, les villes où ils sont nés. Mon mari a pu dire le kaddish pour eux à Auschwitz. Ce voyage, trop émotionnel, je n’ai pas pu le faire.

J’ai aussi retrouvé, il y a quelques années, la famille qui avait pris soin de nous. Après maintenant trois générations nous sommes affectueusement liés avec elle.

Cette année, une rencontre miraculeuse avec Marcel Sztejnberg, m’a ouvert toute une nouvelle page. Ses recherches sur le convoi 6, m’ont permis de savoir qu’en effet mon père avait été arrêté dans la première rafle du 14 mai 1941, alors que j’avais seulement deux mois. Je sais maintenant que mon père avait les yeux bleus et mesurait 1m 61. Je sais que lui et ma mère sont arrivés en France en 1931.

J’ai maintenant rencontré d’autres personnes ayant perdu des parents dans le  convoi 6, des frères et sœurs dans le souvenir.

Aujourd’hui en tant que mère et grand-mère, je suis assurée de deux fortes croyances, la première est que ma bonne chance de survivre est due au fait qu’au centre du mal il y avait néanmoins des gens charitables et de bonne volonté.

La deuxième est que ma vie et ma famille sont la vraie mémoire (ou le vrai mémorial) de mes parents.

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