Lettres tapuscrites de Joseph Klapisch convoi 5 avant son départ pour Auschwitz

Lettre 1 de Joseph Klapisch, déporté le 25 juin 1942 à l’âge de 39 ans et assassiné à Auschwitz.

Vendredi treize heures 30 - 26-6-42

Ma bien chère Hilda.Voici encore un jour ici. On s’attend au départ demain matin ou dimanche. On a vu mon nom sur la liste des W. Donc je pars avec eux. Je voudrais bien au moins que nous restons ensemble. Mon moral est très bon. Je n’ai pas peur. Je suis sûr que Dieu nous protègera. Alors voyageons un peu. Il y a si longtemps que je n’ai pris le train.

Je fais encore un colis avec la couverture rouge et un oreiller car on ne peut pas être trop chargé. Je te renvoie un certificat médical et je garde l’autre. Je renvoie également les radiographies. On dit qu’on ne nous permettra pas de prendre les valises. Dans ce cas je m’arrangerais autrement et te renverrais les deux valises. J’ai assez à manger et pas mal de linge. D’autres camarades ont beaucoup de linge et m’en prêteront si j’en manque. Mais j’ai deux chemises et une petite, un grand caleçon et deux petits, des gants, deux pullovers, tricots de corps, chaussettes mouchoirs, une taie d’oreiller pour la remplir où je serais. On vient d’apprendre que nous allons vers Metz à 14 klmts. Alors je connais la région. On verra bien. Courage courage. Tout ira bien. Tu peux dire à Gina où nous allons.Vous vous verrez sans doute souvent. Tache de lui remonter le moral. Et tache de te montrer courageuse. Si par la suite tu juges utile et possible de partir en [ ?] tu pourras le faire. Je souhaite que tout cela finis bientôt et que nous nous reverrons bientôt à Cachan. Donne le bonjour à tous nos amis.Je t’embrasse de tout cœur. Je porte cette lettre ce soir car peut être demain on ne pourrait plus poster.Encore une fois un bon baiser. Je garde sur moi ta bonne petite photo.Ton ever loving Joe.

Kisses to the children

Embrasse bien tes parents, Bertrand et Olga

A bientôt

Ton Joe

Sources Cercil-Mémorial de la Shoah/Klapisch

Lettre 2 de Joseph Klapisch, déporté le 25 juin 1942 à l’âge de 39 ans et assassiné à Auschwitz.

Jeudi 19 heures 25 juin 1942

Ma bien chère petite Hilda

J’ai reçu ta longue lettre d’hier et suis toujours content de te lire. Je me demande combien de lettres que je vais encore recevoir. Le tumulte est grand. La nouvelle est confirmée que nous partons d’ici peut être demain ou peut être samedi.C’est bien bien triste, mais que pouvons-nous contre notre sort. On nous a fait passer notre veston sous une plaque ajourée et avec de la peinture à l’huile jaune sur le veston une étoile, ou plutôt le magen David. Mais cela ne nous fait rien. Ce qui nous tourmente c’est de savoir où nous allons.

Enfin on ne veut pas nous fusiller car on nous donne des couvertures.
Tout le monde a fait son paquet et expédié le surplus à la maison.
Moi-même j’ai fait un colis ce matin avec mon gros pardessus et l’imperméable, un drap qui couvrait la table de la Schonle et mon beau costume beige. J’ai fait peindre le magen David sur le veston bleu de la plage. On manquait de peinture pour peindre trois vêtements. J’ai gardé 2 pull overs et j’ai un peu de linge. Donc si je ne reçois pas à temps ton colis, ne te frappe pas ! J’ai ce qu’il me faut ! J’ai encore un peu de choral et assez de sucre en poudre et un peu en morceaux. J’ai travaillé aujourd’hui aux colis pour aider les camarades à faire les expéditions. Alors ma chérie je conserve les photos sur moi. Tout à l’heure j’ai encore sorti la petite où tu me souris toujours et cela m’a fait du bien. Ce matin j’ai dit Tilim, et j’espère que Dieu me protègera ainsi que tous les nôtres partout. Amen.

Ne perds pas la tête chérie. Conserve ton sang-froid et tout finira bien quand même un jour.


Maintenant chérie, je veux te dire qu’il y a pour moi une petite lueur d’espoir. On prétend que ceux dont les femmes sont françaises, ne partiront pas. Il s’agit de savoir si on veut dire française ou non juive. Mais je crois qu’il s’agit bien de nationalité. C’est une petite lueur qu’on vient me dire à l’instant mais il y a quelque chose. Alors espérons. À Pithiviers il en est resté aussi trois ou quatre cents. Ici il en restera aussi. On a demandé mille hommes. On se trouvait malheureux ici et voilà qu’on payerait bien pour rester. Si au moins on allait travailler en France, ce que certains prétendent, dans le Nord ou à l’Est à Metz. Alors il n’y aura pas tant de mal. En attendant l’appétit manque et on dort mal depuis deux nuits. Mais une fois qu’on aura pris l’habitude on s’y fera bien. Alors parlons d’autre chose. Je vais relire ta lettre. Je garde les oranges peut être pour le voyage. J’aurais mon short ce soir, mais je n’aurais pas le loisir de le mettre si-tôt. Je suis content pour Salomon, qu’il soit si bien avec sa villa jardin etc. Au moins un de la famille qui y a échappé. Il faut croire que pour moi je mérite mon sort. 
J’ai eu tant d’occasions de m’échapper. Quand on est bête, il faut manger du foin. Tu as raison avec la mère à Axel. Si c’est à Montmorency on les connaît.


Je suis désolé que tu sois obligée de vivre avec F. et plus encore maintenant si tu ne reçois plus mon courrier.


Oh quels moments on passe. Il y a tant de bruit dans la baraque. On vient à l’instant annoncer que demain matin à 7h30 on devrait prendre un bain chaud. Alors c’est probablement pour demain le départ. J’ai la gorge bien serrée et j’ai du mal pour ne pas pleurer. Pourquoi et pourquoi. Qu’avons-nous donc fait ?


Si nous partons tous, je voudrais au moins rester avec Oscar. C’est un camarade que j’aime beaucoup et j’aurais du chagrin si on nous met dans des groupes différents. Tu parles de déportation avec maris et femmes et enfants mais ce serait une faveur pour des internés. Tu as bien fait de ne pas parler de tissu à Gina. Ce n’est vraiment pas le moment de penser à de telles choses. Donc n’en achètes pas. Si tu n’as pas le beurre je mangerai le miel et confiture. Bonjour à Mauricette. Je relis ta lettre de mercredi 10h30. J’espère au moins qu’on vous laisse tranquilles à la maison. Ah je serai bien inquiet sans nouvelles. Je vois Paulette en train de faire le repassage. Ma bonne petite choute.


J’ai gardé quelques photos des enfants et de toi. Mais les autres je les ai réunis dans le colis. Il ne faut pas trop se charger. J’ai aussi mis un paquet avec toutes les lettres officielles reçues de toi chérie.


J’étais bien content chaque fois que je mettais une petite surprise dans les colis. Maintenant ce serait autre chose. Tu finis ta lettre ma chérie en disant que ta lettre n’est pas bien gaie. Et la mienne alors. Déjà celle d’hier était bien triste et je pense comment tu dois te sentir aujourd’hui.


Peut-être pourrais-je encore écrire demain. En attendant chérie je veux te dire au revoir. Je te sers tout contre moi et je t’embrasse de tout mon cœur. Les temps sont durs, mais après l’orage vient le beau temps. Nous aurons encore de beaux et bons jours. J’ai confiance en toi chérie tu sauras remonter ton moral et tu ne te laisseras pas aller. Continue à fréquenter Gina et continue à te soigner la santé. Il faut bien manger et te faire belle pour que tu conserves ta jeunesse. Même si cela doit durer encore un an. Cela prendra fin un jour. Que Dieu te protège avec les enfants. Amen.

Ton ever loving Joe

Vendredi matin 8 heures. On est encore là. On dit beaucoup que je resterais.


Je t’embrasse encore une fois.


good shabess quand même. Joe.

Sources Cercil-Mémorial de la Shoah/Klapisch

 

 

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