Charles Jacknovitz convoi 6 par lui-même et par ses enfants

SOUVENIR D’UN BILLET VERT

Combien d’entre nous, militants de la mémoire, ne seraient pas parmi ceux qui se souviennent mais parmi  ceux dont on se souvient s’il n’y avait pas eu des gens pour  nous tendre la main ?

Ces gens, on les appelle les Justes et leurs noms, officiellement reconnus, ont reçu les honneurs qu’ils méritaient largement.

Mais il y a également ceux qui nous ont permis d’échapper au massacre par un simple geste  d’humanité : bonté, générosité, intelligence ?

Je pense aux deux vieilles demoiselles de Paris qui nous ont prêté leur lit dans un immeuble voisin, à ma mère et à moi, le jour de la rafle du Vel’ d’Hiv.

Plus tard, à la sortie d’un cinéma de Lyon, où nous avions eu l’imprudence de nous rendre, des miliciens demandaient les papiers. Ma mère s’en apercevant à temps m’a attrapé par la main pour que nous repassions devant l’ouvreuse qui contrôlait la sortie de la séance. Sans qu’aucune explication ne soit nécessaire, elle nous a immédiatement permis de réintégrer la salle afin que nous puissions sortir par une autre porte.

Aujourd’hui, des gens tout aussi désintéressés que ces  personnes, risquent d’être poursuivis et punis pour des actes d’humanité semblables à ceux que je viens d’évoquer.

Comment cela pourrait être encore tolérable aujourd’hui ? Comment peut-on l’accepter, nous qui  savons … nous qui vivons ?

On est toujours le Juif de quelqu’un comme on peut être le « sans-papiers » de quelqu’un.

VOUS VOULEZ SAVOIR POURQUOI ?

EH BIEN JE VAIS VOUS LE DIRE…

Nous avons la mémoire  qui ne tient pas sur une distance de  66 ans.

ATTENTION !

De quelle couleur sera le prochain  billet vert ?

Georges Jacknovitz 31 décembre 2007

Garde à vous !

AUX MORTS !

«  Je te plains » sonne le clairon au gendarme de 1942, fier de son uniforme aux boutons brillants comme les miroirs de la honte.

Gendarme ! Le nom de ton père figure sur le monument dédié aux morts de 14 /18. Souviens-toi qu’il a partagé avec le mien les mêmes souffrances dans les tranchées françaises. Tu es aujourd’hui, sans remord, l’un des anneaux présents dans la longue chaîne assassine des vichystes et des nazis.

Tu as d’abord arrêté mon père comme un voleur sur un quai de gare alors qu’il essayait de passer la ligne de démarcation dans l’espoir de sauver ses enfants. Tu l’as, sans état d’âme, livré aux Allemands, puis ta journée de «  travail » accomplie tu es rentré chez toi embrasser les  tiens.

Gendarme, gardien au camp de Pithiviers, tu n’as pas hésité à voler lâchement dans son colis le morceau de beurre que ma mère avait eu tant de mal à se procurer.

Souviens-toi comme tu l’as poussé dans le train de la mort qui l’a emporté le 17 Juillet 1942.

«  Je sais, tu obéissais ! »… et le beurre ?

Le 20 Avril 1942, jour anniversaire de mes sept ans, fût sans doute moralement la pire journée que mon père, séparé de nous, a dû subir.

Ce fut bien sûr, dans les mêmes conditions, ce qu’ont ressenti tous les pères de famille  injustement séparés des leurs.

Dans le premier livre publié par l’Association Mémoire du Convoi 6, nous avons, mon frère et moi, rassemblé nos souvenirs pour essayer de décrire la vie quotidienne et familiale de notre père, Charles Salomon (Cholem) Jacknovitz, du temps où nous avions le bonheur de la partager avec lui.

Et voici quelques documents édifiants relatant l’histoire de mon père qui s’estimait Français et patriote.

Les enfants Jacknovitz

 

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