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Convoi 6

GOLDBERG Jacob-Joseph

ÂGE

37 ans(11/1905)

VILLE DE NAISSANCE

Poddebice(Pologne)

SEXE

Homme

MATRICULE

Inconnu

GOLDBERG Jacob-Joseph n'a pas survécu.

MINIBIO

Jacob-Joseph GOLDBERG est né en novembre 1905 à Poddebice (Pologne) et habitait La Courneuve. Il était marchand ambulant. Il était marié. Il avait un enfant, Léon-Roger. Arrêté suite à la convocation du Billet Vert, il a été interné à Pithiviers.

Informations sur la famille de Joseph-Jacob Goldberg convoi 6 par son petit-fils Jacques Goldberg

Le mercredi 14 mai 1941, Jacob-Joseph Goldberg faisait le marché à Stains et, sur le chemin entre Paris et Stains, il a décidé de passer par La Courneuve pour se renseigner. En effet, la veille au soir, un ami était venu lui demander conseil car il avait été convoqué et ne savait pas s’il devait y aller. A la Courneuve, un voisin lui a dit que la police était passée la veille pour lui remettre un papier et il a décidé d’aller se renseigner au commissariat d’Aubervilliers où il a été arrêté. Il avait été convoqué au commissariat d’Aubervilliers pour un « examen de sa situation » dans le cadre de la rafle dite du « billet vert. C’est la police française qui a opéré cette rafle sur demande des Allemands.

L’ensemble de la famille, Sophie, ma grand-mère maternelle, ses parents et Léon Roger (que tout le monde appelait Roger), leur fils, (mon père donc) habitaient La Courneuve depuis 1937. Après leur exode devant l’avancée des troupes allemandes jusqu’à La Rochelle où ils ont demeuré plusieurs semaines, ils avaient décidé à leur retour d’habiter à Paris, 15 rue de Montmorency, par peur de bombardements sur les nombreuses usines situées à La Courneuve.

De ce fait, Jacob n’avait pas reçu de convocation, car il avait été enregistré à La Courneuve. En effet, dès les lois antijuives des 3 et 4 octobre 1940, la préfecture de police a procédé à un recensement de tous les Juifs, notamment en Ile-de-France.

Il est né en novembre 1905 et personne n’a su la date exacte de sa naissance.

Ma famille élargie se composait comme suit:

  • Mon arrière-grand-père maternel, donc le père de Sophie, qui s'appelait Armand Klebanoff, (Irme à l'état civil), né le 12/04/1886 à Borissov en Biélorussie

    Mon arrière-grand-mère maternelle, appelée Adèle (Alta à l'état civil), née Vatnik, à Wipetsk en Biélorussie

    Les parents de mon arrière-grand-père s'appelaient Isaac, né aussi à Borissov et Rosa, née Pouck également à Wipetsk.

    Les parents de mon arrière-grand-mère s'appelaient Girsh pour lui et Fegge (Fanny) Attine.

    Mes arrières grands-parents sont arrivés en France en 1906, ont habité d'abord 155 Fbg St-Antoine après leur mariage, puis 12 rue des Entrepôts à Saint-Ouen (93), juste en face des puces. Pourquoi St-Ouen...

    Parce que...je remonte un peu dans le temps. Arrivé en France mon arrière-grand-père a été en apprentissage chez un ébéniste aux puces. Et donc il y a travaillé ensuite.  Puis est arrivée la première guerre mondiale. Il était réfugié, étranger, mais il a voulu s'engager dans l'armée française, ce qui lui a été refusé puisqu'il était russe à l'époque. Mais lui qui était communiste voulait s'engager contre les impérialistes allemands et surtout du côté du pays qui l'avait accueilli. Donc il s'est engagé dans la légion étrangère et a été blessé à l'épaule. Son bras droit était à moitié raide et il ne pouvait plus exercer son métier. Donc il s'est mis à faire les marchés, avec sa fille, ma grand-mère Sophie, en vendant des shmates. Et comme le père de mon père faisait lui aussi les marchés, ils se sont rencontrés là et se sont mariés. Je ferme la parenthèse. Je n'ai pas connu cet arrière-grand-père puisqu'il est mort en 1954. 

    Le témoignage de mon père a été recueilli par sa cousine germaine, Nadine Klebanoff (Stanke de son nom marital), donc la fille du frère de ma grand-mère Sophie. Nadine était prof agrégée de lettres classiques (français, latin, grec), très cultivée, fan de musique classique, de Jazz, de musique Kletzmer (elle faisait partie d'une chorale), fan de littérature évidemment et de littérature anglo saxonne. Elle lisait l'anglais et le comprenais couramment, elle parlait latin grec ancien et latin bien sûr, allemand qu'elle avait appris à l'école, comprenait l'italien et a passé une licence de russe pour son plaisir. Ce qui lui a permis de faire de nombreux voyages en URSS en accompagnant des groupes de jeunes (donc elle ne payait pas le trajet) et aller voir la famille qui était éparpillée entre Moscou, Kiev, Tbilissi, Riga puisqu'à force de voyager elle parlait et lisait couramment russe. Elle était comme ma grande sœur, m'a sorti au théâtre, m'a emmenées voir des expos, m'a fait réviser le brevet et le bac bien sûr...elle est morte il y a 5 ans après 10ans de lutte contre un cancer et c'est un grand vide pour moi.

Photos et Documents de la famille de Jacob-Joseph Goldberg convoi 6

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Documents sur Armandine et Ferdinand Chassaing, Justes parmi les Nations. Lien Joseph-Jacob Godberg convoi 6

Armandine et Ferdinand Chassaing, Justes parmi les Nations. Lien Jacob-Joseph Godberg convoi 6

Armandine et Ferdinand Chassaing tenaient un commerce à Montsûrs (Mayenne). Ferdinand, ancien combattant de 1914-1918, avait été décoré de la Croix de Guerre avec plusieurs étoiles et de la Médaille Militaire pour sa bravoure sur le champ de bataille. Il renouvela son engagement patriotique sous l’Occupation allemande.

En 1941, la police française vint arrêter M. Bomblat, Juif de nationalité étrangère, résidant à Paris. Il réussit à échapper à l’arrestation et partit se réfugier à Montsûrs où il se lia aux Chassaing. A cette même époque, la maison du couple fut réquisitionnée par la Kommandutur locale et des soldats allemands logeaient chez eux. La commune abritait aussi un camp de repos pour les troupes allemandes qui revenaient du Front de l’Est et comprenait un camp d’internement pour Tziganes. La présence constante des Allemands dans le village et les dangers courus par ceux qui aidaient les Juifs n’ont pas empêché les Chassaing de venir en aide à trois familles juives, dont les Bomblat et les Goldberg-Klebanoff.

Armandine se proposa pour faire le voyage de Montsûrs à Paris et y ramener les 2 plus jeunes enfants Bomblat pour la période des vacances, leur père étant dans l’impossibilité de se déplacer. Elle arriva à leur domicile parisien le 16 juillet 1942, au matin funeste de la grande rafle du Vel’ d’Hiv’ qui battait son plein. Elle eut juste le temps d’arracher les deux enfants aux griffes de la police alors que leurs deux grandes sœurs étaient arrêtées et déportées où elles furent assassinées. Leur mère réussit à s’échapper et vint rejoindre ses proches à Montsûrs. Les Chassaing leur trouvèrent où loger dans une petite maison de la commune et les prirent sous leur protection. Ils subvinrent à tous leurs besoins à titre gracieux et assurèrent autour d’eux une ceinture de sécurité, donnant ainsi l’exemple aux autres habitants. Deux familles juives supplémentaires, les Klebanoff et les Goldberg, vinrent par la suite rejoindre les Bomblat. Elles aussi bénéficièrent de la protection et de la générosité des Chassaing qui étaient motivés par la haine de l’occupant et l’attachement aux valeurs républicaines.

Le 31 décembre 2003, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah a décerné, à Armandine et Ferdinand Chassaing, le titre de Juste parmi les Nations.

La famille BOMBLAT était composée de 6 personnes : le père, la mère, 3 filles (Sarah, Rosette et Suzanne) et un fils (Henri). Le père dirigeait une fabrique de chemises à Paris. A ce titre, il avait un client, Ferdinand CHASSAING, qui tenait une boutique de nouveautés à Montsurs (Mayenne).

Lorsque la situation est devenue très dangereuse pour les Juifs de Paris, M. CHASSAING proposa à la famille BOMBLAT de les accueillir chez eux, Monsieur et Madame BOMBLAT partirent alors pour Montsurs. C’est Madame Amandine CHASSAING qui vint chercher Henri et Suzanne, restés à Paris, le matin du 16 juillet 42. (Les 2 sœurs aînées, malheureusement restées à Paris, ont été déportées et ne sont pas revenues).

La famille Goldberg était composée de Sophie, née Klebanoff et de Léon-Roger. Le père, Jacob Joseph a été déporté par le convoi 6. Les Goldberg et Bomblat étaient amis, voisins de marché. Ils ont voyagé avec de faux papiers sous le nom de Sylvie et Roger Gosselin. Les Bomblat avaient gardé leur nom en le prononçant sans la lettre T finale (Bombla). Ils ont été rejoints par les parents de Sophie, Armand et Adèle Klebanoff.

Le couple CHASSAING a pourvu à tous les besoins des deux familles.

De plus, un couple ami des BOMBLAT est venu les rejoindre à Montsurs, avec leurs enfants et c’est donc 8 personnes que les CHASSAING ont nourries et sauvées.

 

Témoignage de Roger Goldberg interrogé par sa cousine Nadine Sztanke née Klebanoff

 

Roger Goldberg, né à Paris le 3 avril 1933, avait donc une dizaine d'années à Montsûrs, où il est resté de Pâques 1943 à août 1944, à la libération de Paris.

Ma famille et les Bomblat étaient voisins de marché : j'ai des photos où l'on voit ma mère, Monsieur Bomblat et Sarah [la fille aînée de la famille Bomblat] en train de vendre, devant leur étalage, à La Courneuve. C'est comme ça qu'ils se sont connus, à moins que ce ne soit à Saint-Ouen, où mes grands-parents maternels habitaient, rue des Entrepôts, et où je sais qu'ils ont habité aussi.
Les deux familles, les Klébanoff-Goldberg et les Bomblat, se fréquentaient, mais je ne sais pas si avant Montsûrs je voyais beaucoup Henri.
Juste avant la guerre, ils habitaient Faubourg Saint-Martin.

Ils étaient de la même génération ?

Mes parents étaient un peu plus jeunes que les Bomblat. Je ne sais pas quand les Bomblat sont venus habiter Paris. Pour nous, c'est en 1939 que nous y sommes venus, juste après notre exode à La Rochelle. Cet exode, il nous a fallu cinq jours pour en revenir, après la signature de l'armistice. C'est la seule fois pendant la guerre où j'ai dit à ma mère : j'ai faim, parce qu'il n'y avait rien à manger pendant ce retour. Un soldat m'a donné un morceau de chocolat.

Plus tard, mon père a été arrêté, le 14 mai 1941.
Donc, mes parents et les Bomblat se fréquentaient ; se fréquenter, à cette époque, ça voulait dire passer un moment ensemble autour d'un verre de thé, et puis bavarder, puisque ça, c'était permis.
Je me rappelle qu'un soir, ça devait être l'hiver 1940 puisque mon père n'avait pas encore été arrêté, mes parents étaient chez les Bomblat ; ma mère avait déjà mis son manteau pour partir, mais elle a continué à parler, à parler... pendant un bon moment. C'était un hiver très rigoureux. Et quand elle est sortie, elle a pris froid, et a eu une très grave pleurésie. Elle a été longtemps très gravement malade. Il n'y avait pas d'antibiotiques bien sûr, et on n'avait pas de chauffage. Pour la soigner, on lui a fait des ventouses scarifiées, ça je m'en souviens encore.

Après, en 1941, le malheur est arrivé ; mon père a été arrêté, et le malheur a voulu que Sarah Bomblat soit aussi arrêtée quelques mois plus tard. C'est là que Monsieur Bomblat, qui connaissait quelqu'un, un client je crois, puisqu'il était fabricant de chemises et faisait de la vente en gros, est entré en contact avec lui. Ce Monsieur Chassaing* avait dit à Monsieur Bomblat que s'il avait des problèmes, il pourrait le loger à Montsûrs.


Donc, il agissait en toute connaissance de cause ? Monsieur Chassaing* savait-il qu'ils étaient Juifs ?

Je pense, oui. Il savait.


Sarah malheureusement a été prise, internée à Drancy et plus tard déportée pour ne plus revenir ; ses parents, monsieur et madame Bomblat, ont dû, je suppose, partir à Montsûrs à cette époque-là avec Suzanne et Henri.
Mais Rosette, qui était très jeune, qui avait une soif de vivre, souhaitait rester à Paris. Pour ne pas qu'elle reste seule dans leur grand appartement faubourg Saint-Martin, elle est venue habiter chez mes grands-parents Klébanoff rue de Montmorency, jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée à son tour ; elle a dû rester de juillet 1942 à juin 1943. Presque une année, quand même.

J'ai le souvenir que Rosette et ma mère allaient de temps en temps voir la famille Bomblat à Montsûrs. Et un beau jour de Pâques 1943, je me souviens très bien que c'était à Pâques, puisque j'étais en vacances, ma mère a décidé de m'emmener avec elle pour ce voyage à Montsûrs, avec Rosette. Là, Monsieur et madame Bomblat ont supplié ma mère que je reste avec eux, parce que je serais, en tant que gamin, quand même plus en sécurité à Montsûrs, à la campagne, au cas où il serait arrivé malheur à mes parents, et grands-parents, au cas où ils seraient arrêtés.

Alors, c'était complètement imprévu ; détail pratique, tu avais dû partir avec des bagages pour deux jours, pas pour deux ans...


Ça, ça a dû être vite réparé. Je suis donc resté avec les Bomblat, j'étais comme le fils de la maison, pour moi Henri était comme mon grand frère.
Un détail : je ne savais pas faire du vélo à l'époque, et j'adorais quand Henri me prenait sur le cadre pour aller faire des balades en vélo avec Suzanne ; on faisait aussi du patin à roulettes...

Alors, vous avez " vécu " quand même ! C'étaient des jeux de votre âge ! Et par rapport aux Chassaing* ? Vous habitiez dans la même maison ?

Non, nous étions dans une maison qui appartenait à la famille Legrand, qui tenait un café-tabac sur la grande place à Montsûrs. La rue s'appelait rue des Quatre Œufs. C'était une rue qui faisait un coude, on y faisait des jeux de piste. La maison des Bomblat, j'y repense. Il n'y avait pas d'eau, on allait chercher de l'eau dans la rue avec des brocs, à un robinet appartenant à la ville. Ce qui était bizarre aussi, c'est que la maison était construite sur une hauteur, il y avait une forte dénivellation ; et pour aller au jardin c'était comme si on montait un étage. Il y avait un genre d'échelle de meunier pour y aller. C'était juste en dessous de l'église. On avait tout, les vêpres, les mariages, les enterrements...

Cette maison était louée ? Prêtée ?

Louée, je suppose. Je ne me souviens pas de ce genre de détails. Mais la première fois que je suis arrivé à Montsûrs, j'ai dormi dans un hôtel, "l'Hôtel de la Gare", tenu par un certain Monsieur Audy. Je me souviens très bien de ce Monsieur, un homme assez fort. C'est donc grâce à la famille Chassaing* que les Bomblat, et moi par contrecoup, avons été logés et abrités à Montsûrs.

Et tu avais un faux nom ?

Oui, à Montsûrs je m'appelais Roger Gosselin [au lieu de Goldberg]. J'ai même encore un livre qui m'a été dédicacé à ce nom. Ma mère aussi avait une fausse identité, elle s'appelait Sylvie Rose, née à Constantine ! J'ai encore sa carte d'identité, qui heureusement n'a jamais servi, parce que ce n'est pas dit que ça aurait "marché" si elle avait été contrôlée. Les Bomblat, eux, ont gardé leur nom, prononcé sans qu'on entende le t final. Je me souviens d'être allé à l'école avec l'un des fils Chassaing*, le plus jeune, qui je crois s'appelait Jean-Claude : blond, les cheveux raides, je le revois encore...
Plus tard, mes grands-parents et ma mère sont venus eux aussi à Montsûrs, grâce aux Chassaing* donc, qui avaient "déclenché le mouvement".
Ça devait être fin 43, si bien que je suis resté plus de six mois chez les Bomblat avant de me retrouver avec ma famille. J'allais à l'école avec Henri, on était dans la même classe, mais pas dans la même section : c'était une classe à trois niveaux. Suzanne n'allait pas à l'école à Montsûrs, elle a passé son certificat d'études plus tard à Paris.

 Et quand ta mère et tes grands-parents sont arrivés, où habitiez-vous ?

Pas avec les Bomblat, c'était trop petit. Je me rappelle qu'on dormait en élargissant le lit avec des chaises ! Avec ma mère et mes grands-parents, nous étions près de chez eux, je crois que ça s'appelait la Route de Sainte-Suzanne. Cette petite ville, Sainte-Suzanne, je n'y suis jamais allé. Une fois nous sommes allés à Laval, c'était à peu près à vingt kilomètres, mais que c'était compliqué ! Ensuite, nous avons habité chez une vieille grand-mère, qui prisait, et son plus grand plaisir quand ma mère revenait de Paris c'était qu'elle lui ramène du tabac à priser. Je revois une grande pièce, avec une grande cheminée, on restait au coin du feu ; après, avant de rentrer à Paris, nous avons encore habité dans un autre endroit, toujours Route de Sainte-Suzanne ; c'était le paradis, il y avait deux pièces !

Et tu as connu d'autres habitants de Montsûrs ?

Récemment, en triant un carton de photos, j'ai retrouvé des cartes d'anniversaire que des copains de Montsûrs m'avaient envoyées après mon retour à Paris. Je ne savais même pas que j'avais gardé ces cartes.

Alors le courrier marchait pendant la guerre ?

Oui, nous recevions des lettres de ton père [NDLR...oncle de Roger qui était alors prisonnier en Allemagne], et même des nouvelles de la famille de Suisse.

Et que savaient alors les Bomblat au sujet de leurs filles aînées ?

Bien sûr, ils savaient qu'elles n'étaient plus à Drancy, mais à l'époque tout le monde ignorait ce que pouvait signifier "destination inconnue". Personne ne pouvait s'imaginer ce que c'était. On espérait toujours soit avoir des nouvelles, soit que, la guerre une fois terminée, elles reviendraient. On disait que les déportés étaient envoyés travailler dans les mines de sel en Sibérie, ça m'est resté en mémoire. De même qu'on s'attendait à ce que les prisonniers reviennent, on pensait que les déportés reviendraient, parce qu'on était à cent lieues de s'imaginer l'extermination systématique !

Mais il arrivait du courrier des prisonniers, alors qu'il n'y a jamais eu de nouvelles des autres.

Non, jamais plus de nouvelles, ni de mon père, ni de Sarah, ni de Rosette.

 Revenons-en à Montsûrs.

Je suis allé à l'école à Montsûrs, j'ai dû y faire une année scolaire complète. D'octobre 1943 au printemps 1944. Je ne crois pas y être allé au troisième trimestre 1943, juste après mon arrivée. On m'a inscrit à l'école, et je me souviens que le directeur, qui était en même temps instituteur, un certain Monsieur Rivet, avait compris pourquoi j'étais là, et il n'a pas cherché trop d'explications pour m'inscrire. Quand monsieur Bomblat m'a présenté à lui, il a acquiescé d'un signe de tête, et n'a rien demandé. Pendant cette année scolaire, il y a eu une très grosse épidémie de diphtérie, et beaucoup de jeunes en sont morts. Tous les jours, il y avait un enterrement, on entendait les cloches sonner. Une véritable hécatombe.
Tiens, une autre anecdote me revient. On jouait souvent dans la rue, en saluant tous les passants ; un jour passe une bonne sœur. Elle répond à notre bonjour. "Bonjour les enfants... On ne vous voit pas à l'église ! Vous avez fait votre communion ?"
Moi, bêtement, je réponds que non, et Henri répond oui. "Bien, dit la sœur en me regardant, je vais aller voir tes parents."


Elle est donc venue chez les Bomblat, en disant "que le petit devrait faire sa communion". Monsieur Bomblat a répondu : "Vous savez, nous sommes de Paris, pas d'ici, nous attendons de pouvoir rentrer à Paris ; là, il la fera." Elle est partie, c'en est resté là. Mais le dimanche, l'endroit où l'on s'amusait le mieux, c'était le patronage catholique. Le curé était un homme charmant, il n'a jamais rien dit, mais il savait très bien pourquoi nous étions là. Il ne nous a jamais posé de questions, et trouvait normal de nous voir à son patronage.

Montsûrs était une petite ville ? Un bourg agricole ?

Oui, surtout agricole. Il y avait plusieurs fermes. D'ailleurs mes parents ont connu les propriétaires d'une ferme, je ne sais pas comment. On y allait chaque semaine chercher du beurre, des provisions. Je peux dire qu'on n'a jamais manqué de nourriture. D'autres choses, mais pas de nourriture : il y avait du pain, des œufs, même si les fermiers quelquefois disaient avec leur accent : "ça ne pond point en ce moment". Ces fermiers que nous connaissions s'appelaient les Doué.

Toi, tu étais occupé, entre l'école et les jeux. Mais les adultes ?

Les grandes personnes s'ennuyaient énormément. Monsieur Bomblat, qui était un très grand travailleur, tournait, comme on dit, comme un lion en cage. Quelquefois, pour s'occuper, il récupérait des tiges de bois poli, et il en faisait des mètres pour mesurer, histoire de faire quelque chose. Mais nous, les enfants, ne nous ennuyions pas. Il y avait toute une bande de notre âge, je me souviens d'une Jeannine Prévôt, charmante, une autre s'appelait Colette Bruneau, charmante aussi. On jouait au moine, une espèce de toupie qu'on jette et qu'on fouette pour qu'elle continue à tourner. On faisait aussi des jeux de piste, souvent. Il y avait aussi une piscine, une ancienne carrière transformée en piscine, c'est là que j'ai commencé à apprendre à nager.

Le quotidien n'était pas trop terrible.

Mais il y avait l'angoisse : qu'est-ce qu'il se passera demain, qu'est-ce qu'il se passe pour les autres, pour ceux qui sont restés à Paris, pour les déportés et prisonniers ?

Et comment avez-vous entendu parler du débarquement ?

Eh bien il y avait la radio ! D'ailleurs, Montsûrs a été libéré avant Paris, au mois de juin 1944 si ma mémoire est bonne. Ça n'a pas changé grand-chose : on a vu partir les Allemands, certains "réquisitionnaient" des vélos, les "empruntaient" mais bien sûr personne n'a jamais revu l'un de ces vélos ! Après est arrivé un défilé de camions, de chars, qui venaient de l'ouest et allaient sur Paris. Il y a eu de nombreux Résistants à Montsûrs, plusieurs se sont fait tuer, comme les frères Lemée ; leurs parents étaient cafetiers. Les deux fils ont été tués pour fait de Résistance. Je crois d'ailleurs que l'avenue où était ce café porte maintenant leur nom : "avenue des frères Lemée". Quand les Américains sont arrivés, ils ont distribué des bonbons, du chocolat, des chewing-gums : ils en avaient un chargement, comme s'ils venaient juste de débarquer ! Ils avaient des jeeps ; nous, les gosses, étions là à regarder, sur la place centrale. Et quelqu'un, soit un Américain, soit un Résistant, nous a dit : "Il paraît que dans telle propriété, se cachent des Allemands. Vous savez où c'est ?". "Oui, on connaît !". "Bon, alors montez dans la jeep, on y va."
Mais là-bas, tout se sait, tout se voit ; la grand-mère de notre voisine Colette Bruneau a dit à ma mère "J'ai vu Roger en jeep."
Quand je suis arrivé à la propriété en question, il n'y avait plus d'Allemands. Mais à mon retour, quelle histoire ! "Quoi, tu es parti en jeep ! Et s'il y avait eu des Allemands, tu te rends compte ?"

Et alors, votre retour ?

Pour le retour, on attendait impatiemment d'avoir un moyen de locomotion pour rentrer, puisqu'on savait que Paris était libéré. Et le retour s'est fait, Henri doit se le rappeler, c'était la date de son anniversaire, le 15 septembre 1944. Il y avait énormément de sociétés de transports à Montsûrs. La plus importante, c'était les "transports Bouessé". Monsieur Bomblat connaissait le patron. Profitant d'un transport en direction de Paris, nous sommes rentrés, avec ce que nous avions comme bagages.

Ça faisait quand même du monde, quatre Bomblat, et quatre Klébanoff-Goldberg.

Ma mère n'était pas dans ce camion. Plusieurs camions partaient le même jour. Comme il n'y avait pas assez de place dans celui où nous étions, on a dit à ma mère d'en prendre un autre. Elle a accepté, pensant que les deux camions se suivraient. Mais non seulement ils ne sont pas suivis, mais en plus... Moi, comme tous les gosses, j'ai voulu voir ce qui se passait dehors.

Et tu as mis la tête à la fenêtre.

Pas à la fenêtre ! Il y avait un hayon à l'arrière, je m'y suis installé, et j'ai attrapé une poussière dans l'œil, quelque chose "de carabiné" ! J'ai gardé cette poussière toute la journée. Ma grand-mère, de son côté, a eu une crise de calculs biliaires à cause peut être des cahots de la route. Après le Mans, le camion était-il trop chargé ? voilà qu'il est tombé en panne : nous voilà au bord de la route, pas d'autoroute à l'époque ! Je crois me rappeler que dans la cabine du camion se trouvaient les patrons de la société, monsieur et madame Bouessé, et j'ai le vague souvenir que madame Bouessé a fait une piqûre à ma grand-mère pour calmer ses douleurs. Il a fallu attendre toute une journée qu'un autre camion arrive pour dépanner le nôtre, si bien qu'on est repartis le lendemain ; on a dû dormir dans le camion. J'avais toujours cette poussière dans l'œil, c'était une douleur terrible. Je ne voyais plus rien. Suzanne et Henri étaient obligés de me tenir et de m'aider à marcher. Donc on est repartis le lendemain, Mémère ayant fini sa crise, le camion enfin réparé. Maman, elle, est rentrée tout tranquillement, sûre que nous allions arriver. Elle attend, elle attend, elle attend... rien.
Elle était dans une inquiétude folle. Nous sommes arrivés une journée après elle. Et en ce temps-là, pas de téléphone ! Voilà la fin du séjour à Montsûrs.

Et vous n'êtes pas retournés à Montsûrs dans les années suivantes ?

Je n'y suis allé qu'en 1961, en revenant de vacances aux Sables d'Olonne.

Et la conclusion ? Une période grave où les difficultés ont été adoucies par ce séjour ! vous en êtes revenus tous les huit, vous n'avez jamais eu faim... C'est bien grâce aux Chassaing*, qui ont fait venir les Bomblat à Montsûrs !

A la même époque, d'autres réfugiés avaient faim, dans le midi par exemple ! Je me rappelle que nous, nous mangions de temps en temps des tranches de pain beurré frotté d'ail, un régal !

Les Chassaing* avaient "le" magasin de Montsûrs ?

Oui, comme dans une petite ville de province ! Montsûrs, c'était mille cinq cents habitants. Maintenant, il y en a deux mille cinq cents.

Moi, je vous ai toujours entendu parler de Montsûrs. C'était un moment important de ton enfance !

Ça c'est sûr, je ne suis pas prêt de l'oublier ! Pour reparler d'Henri, il a fini la primaire dans la même école que moi, pourtant il habitait assez loin, mais c'était l'école la plus proche du magasin de son père. Ensuite il est allé au lycée Turgot, il a sauté une classe, je ne sais plus si c'est la sixième ou la cinquième. Son père lui avait donné des notions d'allemand avant l'examen de passage. Après, Suzanne est partie la première en Israël, elle a dû partir en 1947. Puis Henri a suivi, puis les parents.

Je me souviens que tu m'as raconté un jour quelque chose qui m'a beaucoup frappée, c'est la fois où tu as cru que ta mère et tes grands-parents n'étaient pas arrivés à Montsûrs alors que tu les attendais.

C'était à l'époque où on vivait chez cette vieille grand-mère. Mes grands-parents et ma mère sont retournés pour deux jours à Paris, et je savais qu'ils devaient revenir, le train arrivant le soir. Bien sûr, pendant ces deux jours, j'étais resté chez les Bomblat. On habitait assez loin de la gare, mais comme on était sur une hauteur, on entendait le train arriver et repartir. On entend le train, on attend un peu, le temps qu'il faut pour faire les deux kilomètres. Rien, on ne les voit pas arriver. Moi, je savais quand même ce qui se passait à Paris, j'ai commencé à pleurer, à me rendre malade, je me suis dit ça y est, ils ont été pris... En fait, la maison de notre logeuse était à mi-chemin entre la gare et celle des Bomblat. Ils avaient pensé qu'il était trop tard pour arriver chez les Bomblat, ils n'ont pas pensé qu'on les attendait, ils sont allés chez cette grand-mère ! Le lendemain, ils sont venus tranquillement... J'ai une autre expérience du même genre. On avait une locataire à La Courneuve, une madame Nicaise. Elle avait perdu son mari, elle n'avait pas beaucoup de ressources, elle est restée quelques mois sans payer son loyer, et mes parents ont continué à l'héberger. C'était une dame charmante. C'était avant Montsûrs ? Je ne sais plus. Elle a pris ensuite une loge de concierge sur le boulevard des Batignolles, juste à côté du Lycée Chaptal, au coin de la rue Bernouilly. Et elle avait dit à ma mère : "si par hasard vous avez un problème, je peux garder Roger, vous me l'amenez". Un jour, on entend une rumeur de rafle, ma famille décide de m'emmener chez madame Nicaise : si tout se passe bien, tant mieux, sinon, Roger au moins sera à l'abri. Je ne sais pas ce qu'elle aurait fait de moi dans ce cas-là, mais bon. Elle nous a très bien reçus ; ma mère avait dit "je viendrai le rechercher demain à neuf heures". Neuf heures passent, neuf heures un quart, neuf heures et demie, dix heures... Personne n'arrive. Elle est venue une heure ou deux plus tard, mais j'avais eu le temps d'être dans tous mes états...

Roger a été interviewé par sa cousine, née après cette période, qui a enregistré son témoignage.

Roger Goldberg a donné à l'AJPN l'aimable autorisation de faire paraître ce texte.

22/09/2010
Lien : Paroles d'étoiles

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